Sale semaine pour les
grévistes le 25 Nov 2005 En France, une grève a échoué - une première! Il
aura fallu 46 jours de lutte au sein de la régie des transports de
Marseille avant que les grévistes jusqu'au boutistes luttant contre la
privatisation rampante (la privatisation ultra-libérale ne
saurait être que rampante, comme il sied à une sorte de monstre mythique)
ne finissent par renoncer. Leurs jours de grève ne seront pas payés, ils
en seront donc pour leurs frais. Et ils n'ont rien obtenu. Rien de rien
sur toutes leurs revendications. Je n'aime pas Jean-Claude Gaudin, le
maire de Marseille, mais sur ce coup-là je lui tire mon chapeau. Il a su
tenir bon et faire un exemple: non, la grève ne fonctionne pas toujours.
Il n'aura pas gagné mon estime mais au moins mon respect. C'est
tellement rare en France, où à ce petit jeu on gagne à tous les coups
d'habitude!
Evidemment, les médias restent bien silencieux sur ce
dénouement lamentable du mouvement social marseillais. Parmi eux
Libération au moins a une excuse: le quotidien
ne paraît plus depuis plusieurs jours à cause d'une autre grève, interne
celle-là! Le journal fondé par Jean-Paul Sartre et Serge July meurt à
petit feu des contradictions propre au socialisme, qui l'empêchent de
fonctionner comme une entreprise normale. C'est bien le minimum qu'on
puisse attendre d'un journal qui a toujours défendu une ligne éditoriale
aussi anti-américaine que marxiste. Les salariés refusent la nécessité de
suppressions d'emplois pour assurer la survie de leur journal face à un
lectorat qui s'étiole, et ils ont courageusement décidé de mettre un
terme à sa vie et à leur emploi. Un suicide d'une telle stupidité mérite
une salve d'applaudissements, mais un tel comportement de lemmings
- ces petits rongeurs qui sautent ensemble d'une falaise par conformisme
- était prévisible. Une petite visite sur le site des
grévistes-pas-encore-chômeurs-mais-ça-ne-saurait-tarder,
Libé Lutte, s'impose. Ces prochains mois, si la
faillite se profile une certaine proportion des Bobos parisiens les plus
typiques - le gros des troupes de Libération - va découvrir la précarité
d'un peu plus près. Finalement, en France toujours, la grève à la SNCF
s'est elle aussi dissipée après un seul jour de débrayage. Le mouvement
orchestré par la CGT a fait long feu; certes, les grévistes ont obtenu
tout ce qu'ils demandaient, mais les commentateurs ont tôt fait de
rappeler que ces avancées ont été bien inférieures à ce que les autres
syndicats avaient réussi à obtenir par la négociation. De plus, la grève -
la cinquième depuis le début de l'année - n'a été suivie qu'à 25%,
c'est-à-dire à un taux inférieur au pourcentage des syndiqués cégétistes
dans la société publique. Lorsque même les militants ne suivent plus, il y
a un problème! On est loin d'un changement de paradigme dans la pensée
renvendicative, mais la brèche est là: que ce soit parce que les grévistes
ont financièrement besoin de l'intégralité de leur salaires ou que leurs
employeurs n'aient simplement pas les moyens matériels d'accéder à leurs
revendications quelle que soit l'intensité du mouvement social, la grève
ressemble de plus en plus à une impasse idéologique dépassée. Espérons que
cette tendance se poursuivra. [1 commentaire] |