Si vous êtes fier de votre travail, vous souhaiterez
certainement le montrer un peu partout. Que ce soit pour un bon classement
sur coolminiornot, une galerie en ligne de
vos oeuvres ou juste un e-mail envoyé à votre oncle pour lui expliquer à
quoi vous passez votre temps libre (et ce que vous voulez pour Noël!) il
faudra que vous preniez vos figurines en photo.
Les performances d'un appareil photo numérique ne sont
pas d'une grande importance pour photographier des figurines. J'utilise
un vieux modèle Canon de seulement 2,1 millions de pixels, soit une
résolution maximale de 1'600 par 1'200 qui s'avère largement
suffisante. Aucun site web n'afficherait des images de cette taille de
toutes façons, même à travers une fonction de zoom - la fenêtre qui
s'ouvrirait serait alors plus grande que la plupart des résolutions
d'affichage que les gens utilisent! Cet appareil convient surtout parce
qu'il dispose de quatre fonctions qui sont à mon avis
indispensables:
Un emplacement pour trépied (et un trépied,
évidemment!) |
Vite et sale pour les paresseux:
au flash! |
La fonction Macro est assez évidente. Peut-être qu'on
peut s'en passer en échange d'un zoom puissant mais honnêtement je doute
que le moindre appareil photo de moins de 5 ans d'âge ne dispose d'une
telle fonction! Pour le reste, il faut faire un peu de théorie...La
photographie est une équation entre trois facteurs: l'ouverture (O), la
vitesse d'obturation (V) et la luminosité (L). Ils sont liés par la
simple équation O x V = L. Ce n'est pas très compliqué et vous allez en
fait voir que c'est assez intuitif.
L'ouverture est la taille du
"trou" au travers duquel la lumière extérieure passe pour atteindre la
pellicule ou, dans le cas d'un appareil photo numérique, le senseur CDD.
L'ouverture est représentée le plus souvent par un nombre; plus le nombre
est grand, plus l'ouverture est petite. C'est parce que la notation se
réfère en fait au dénominateur d'une fraction: ainsi une ouverture de 8
signifie qu'un huitième (1/8) de la surface du diaphragme est ouverte. Et
plus le chiffre de l'ouverture sera "haut" et donc l'ouverture petite,
plus l'image sera... Nette. Cela peut sembler bizarre mais c'est une loi
en optique: on obtient une image d'autant plus nette qu'elle est prise à
travers un trou d'épingle. Malheureusement, cette netteté a un prix
puisque, avec un trou minuscule, moins de lumière parviendra à traverser
le diaphragme jusqu'au senseur optique de l'appareil. Comme la quantité
de lumière disponible à l'extérieur n'est pas infinie, il n'y a guère
qu'une seule solution, diminuer la vitesse d'obturation. En d'autres
termes, laisser l'appareil "prendre la photo" pendant plus
longtemps.
Donc, à supposer que votre appareil dispose d'un mode de
prise de vue "priorité ouverture", choisissez l'ouverture la plus
petite (le plus haut chiffre.) Si vous préférez la priorité vitesse,
prenez le temps de pose le plus long - les deux reviennent au même. Vous
remarquerez que la moindre photo aura besoin d'un temps très long...
C'est là que le trépied et la minuterie tombent à pic.
Il est
impossible de prendre une photo durant plus qu'une fraction de
seconde en tenant un appareil en main. La seule solution est de le faire
reposer quelque part. Un trou sous l'appareil pour monter un trépied
s'avère très utile car on peut s'en servir pour des trépieds miniatures
(de moins de 20 cm de haut) vendus pour une bouchée de pain dans des
magasins de photographie. Ce sera toujours mieux que de poser l'appareil
au sommet d'une pile de livres... La minuterie est également utile parce
qu'elle permet un intervalle de temps entre le moment de presser le
bouton et la prise de vue. Sans ce délai, l'image est souvent floue -
oui, rien qu'à cause de la "vibration" créée lorsqu'on appuie pour
prendre la photo!
Pour finir, oubliez le flash. Ce qui nous amène a
l'étape suivante: l'éclairage.
Le studio photo
La plupart
du temps vous souhaiterez prendre des photos sans arrière-plan ni ombres
portées, puisque ces détails rendent plus délicate la manipulation de
l'image sur ordinateur. Pour se faire un fond continu, il suffit de poser
le sujet sur une feuille de papier blanc et d'incurver ce dernier à la
verticale, derrière, pour obtenir une courbe douce (et invisible sur la
photo.) Une pile de livre suffit pour arriver à cela. Mais le problème de
la lumière reste entier.
Pour un petit objet, il faut beaucoup de
lumière, ou l'image sera sombre au-delà de tout espoir de correction.
Amener des sources lumineuses est délicat parce qu'il faut éviter les
ombres et les reflets. C'est encore plus grave si vos figurines sont
peintes au vernis brillant pour les protéger, comme le sont les miennes.
Il faut donc beaucoup de lumière indirecte. Cette préoccupation est
assez banale dans le milieu de la photographie professionnelle et a amené
la conception d'engins hors de prix comme des matrices de flashs
synchronisés. Mais par chance, les figurines sont assez petites pour
s'accommoder de matériel moins cher.
La solution la plus simple est
tout bêtement de prendre la photo dehors par temps gris! Quand les nuages
voilent le soleil les ombres disparaissent: la lumière solaire directe se
transforme en lumière ambiante. Difficile de trouver plus abordable! Bien
sûr, il y a quelques défauts: on ne choisit pas la météo, et par temps
couvert la lumière est souvent faible. L'inconstance est un autre
problème; ce genre de lumière varie selon les jours et même d'heure en
heure le même jour. A moins de prendre en photo toutes les figurines lors
d'une session unique, aucun de vos cliché n'aura été pris avec
exactement la même intensité lumineuse.
A titre d'alternative, on peut
aussi se servir de nombreuses sources lumineuses abordables et
judicieusement disposées, comme trois à six lampes halogènes créant de
l'éclairage indirect par illumination de surfaces blanches - comme des
feuilles de papier attachées à proximité, par exemple. Aucun spot ne doit
éclairer directement une figurine sinon l'ombre sera immédiate. Plus il y
a de sources mieux c'est, mais installer tous ces spots à chaque fois que
vous voulez prendre des clichés devient rapidement pénible. Il vous faudra
tout étiqueter pour arriver à recréer toujours le même environnement, pour
que vos clichés soient consistants. De plus, les lampes halogène, comme la
plupart des ampoules artificielles, ne produisent pas une lumière naturelle
mais altèrent les couleurs. Il faudra corriger ces déviations sur
ordinateur.
 |
Un studio photo portatif |
J'ai
suffisamment joué avec le mauvais temps et le bricolage de spots halogènes
pour m'en lasser et je suis parti à la recherche d'alternatives sur
Internet. La première d'entre elle est la "boîte à lumière": un cube de
tissu semi transparent monté sur une armature. Les éclairages sont dehors
mais illuminent le matériau dont est fait le cube, ce qui disperse la
lumière autour du sujet (qui est évidemment placé dans le cube.) Ce genre
de gadget se trouve pour pas cher sur eBay (regardez
par vous-même) et dispose
d'une bonne cote de popularité. Malheureusement, il implique aussi de
puissants spots pour l'éclairage. A la place, j'ai décidé d'acheter un
Studio Photo Samigon
qui est, à mon humble avis et malgré son prix, parfait pour la photo de
figurines. Il se compose de deux boîtes contenant chacune un néon, au
dessus et en dessous du sujet, garantissant un environnement sans ombres.
Les néons sont un peu faibles mais au moins ils sont calibrés pour
procurer une teinte lumineuse équivalente à celle du jour. Ne pas avoir à
corriger l'équilibre des couleurs est vraiment pratique.Traitement
d'image
Il est pratiquement impossible d'avoir une image parfaite
directement de l'appareil photo. Tous les clichés ont besoin de quelques
retouches sur ordinateur. Le logiciel employé importe peu tant qu'il
dispose de plus de fonctionnalités que Microsoft Paint! J'ai une vieille
version de Paint Shop Pro et cela me suffit amplement.
La principale
correction est invariablement liée à la luminosité et aux couleurs. Je
préfère jouer avec la correction Gamma plutôt que les réglages de
Luminosité et Contraste, jusqu'à obtenir une clarté suffisante. Avec la
plus petite ouverture de mon appareil photo (1/8e) l'image est souvent
sous-exposée donc un peu sombre. C'est un problème lié aux appareils
numériques: ils calculent une luminosité moyenne basée sur l'ensemble de
l'image et le sujet apparaît plus sombre lorsque le fond est blanc. Mais
pour la balance des blancs, la mesure d'un point de référence n'est
guère meilleure (faites donc l'essai vous-même!)
Une fois que la
luminosité est correcte, vous souhaiterez peut-être saturer un peu les
couleurs de l'image si elles sont trop fades. Une légère
accentuation des détails peut aussi aider. Si vous avez pris le cliché
sous lumière artificielle, il faudra certainement que vous altériez les
niveaux de rouge, vert et bleu de façon à restaurer les couleurs
naturelles. Le niveau de correction requis dépend du type d'ampoule
utilisé, mais le plus souvent le décalage est vers le rouge. Cet
équilibrage délicat peut vous être épargné si vous vous servez d'un
environnement permettant des couleurs authentiques, comme le Studio Photo
Samigon que j'utilise.
 | Image
brute. |
|  | Après correction de la
luminosité et des couleurs. |
|
Une fois
satisfait vous pouvez vous arrêter à cette étape, mais je préfère avoir
mes photos de figurines avec un dégradé en arrière-plan. J'ai essayé
différents effets mais je suis arrivé à la conclusion que le le meilleur
d'entre eux était simplement un fondu du blanc au bleu, donnant un
équilibre naturel des couleurs avec le vert que la figurine arbore
généralement sur son socle. Les photos officielles des éditeurs ont
souvent ce format mais le fondu est présent dès la prise de vue dans leur
studio photographique. Rien ne vous empêche de faire de même, mais je
préfère l'ajouter sur ordinateur car c'est la seule façon d'avoir
exactement le même dégradé, puisqu'on l'ajoute après avoir joué avec la
luminosité et la balance de couleurs de l'image. Si vous prenez vos
photos avec un fond bleu, il risque de ne plus être très bleu lorsque vous
aurez fini de modifier le gamma et la balance des
couleurs.
 |
Pour ajouter un
arrière-plan, il faut d'abord nettoyer celui qu'a la figurine à
l'origine. Malgré toute la lumière possible, la partie "blanche" de la
photo ne sera jamais vraiment blanche mais en différentes teintes de gris.
Vous pouvez nettoyer ces zones avec un outil de remplissage et une
tolérance appropriée. Faites néanmoins attention à ne pas perdre des
détails de votre figurine en cours de route! Cela peut arriver si
certaines parties de la figurine sont déjà presque blanches (attention par
exemple aux reflets de la lumière sur les parties métalliques.) Pour être
sûr de ne pas nettoyer trop fort, servez-vous d'une couleur distincte
(violet, peu importe) pour bien voir si vous effacez quelque chose par
mégarde. Si les franges de la figurine sont vulnérables, commencez par les
protéger d'un trait comme montré sur la gauche. Si vous n'êtes pas sur de
savoir si des zones seront affectées ou non, faites quelques essai en
faisant varier la tolérance pour voir comment les bordures de votre
figurine se font grignoter par vos couleurs de remplissage!Une fois
cette étape terminée, ajouter un dégradé en arrière-plan est un jeu
d'enfant. Il suffit juste de faire commencer le dégradé à mi-hauteur de
l'image, ou là où devrait se trouver l'horizon, et c'est fini.
D'habitude, je réduis également la taille de l'image puisque la
définition d'un appareil photo numérique est souvent trop
grande.
Remarque importante: Si vous envisagez de sauvegarder
votre travail en cours sur disque dur, utilisez un format d'image non
destructif comme le Tagged Image File Format (TIFF) ou le
TrueVision Targa (TGA). Le format JPEG habituel dégrade l'image à
travers une compression de son contenu et ce type de sauvegarde devrait
être évité jusqu'à ce que vous soyez parvenu au résultat final.
 | Arrière-plan
nettoyé. |
|  | L'image au
final. |
|
Aller plus loin
Après
avoir obtenu une photographie détourée de votre figurine, rien ne vous
empêche de jouer avec votre logiciel de retouche d'image. Ajouter des
effets comme de la fumée ou des faisceaux lasers peut considérablement
améliorer le rendu, mais nous quittons alors le monde de la photo de
figurines pour celui des images de synthèse - un univers très au-delà du
sujet de cet article, où la photo de figurine n'est guère qu'un
ingrédient d'une nouvelle oeuvre.
Bien que j'admette que les photos
retouchées soient parfois très impressionnantes, j'évite d'en faire
parce que je trouve que ce n'est pas fidèle. Tout dépend de ce que chacun
cherche. Des bricolages avec Photoshop peuvent faire merveille, mais quelle
sorte de merveille est-ce là? Si quelqu'un utilise Photoshop pour
"corriger" l'apparence d'une figurine peinte - enlevant les
imperfections, corrigeant les yeux - le résultat sera malhonnête s'il est
présenté comme un authentique travail de peinture.
Cela se ramène donc à
ce que vous souhaitez montrer. Si vous voulez simplement un cliché rendant
fidèlement compte de votre travail, n'allez pas trop loin puisque les
manipulations informatiques dénaturent de plus en plus l'authenticité de
ce que vous avez vraiment peint. Si vous voulez simplement une belle
image, à l'opposé, rien ne vous empêche d'ajouter autant d'effets que
vous voulez. Le tout est simplement de ne pas s'approprier du mérite de
peinture à partir de manipulations sur Photoshop.
Cet article est allé
dans les détails mais juste pour vous éviter les pièges les plus banals.
Obtenir de belles photos de figurines peintes n'est ni difficile ni long
- mais cela reste une étape indispensable pour faire connaître vos
oeuvres!
créé le 19 Dec 2005