Le Spécialiste des Jeux Décédés

 


 
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Specialist Games a subit une "Restructuration" fin 2004. Seul un esprit naïf comme Jervis Johnson a pu être enthousiasmé par une telle décision de gratte-papiers. Mais la conclusion de Specialist Games a été planifiée il y a longtemps et ne devrait pas être perçue comme une surprise.

Un chef Van Saar pour Necromunda.

On peut diviser grosso modo les joueurs en deux groupes, Vétérans et Débutants. Entre deux, la zone est faiblement peuplée. Ce n'est pas difficile de comprendre pourquoi: rares sont les Débutants qui pratiquent le Hobby assez longtemps pour devenir des Vétérans. Beaucoup abandonnent assez vite, venant grossir les rangs de tous les désabusés qui bradent leurs figurines par caisses entières sur eBay. Peu d'entre eux continueront assez longtemps pour avoir une armée peinte et continuer à jouer après quelques années.
Mais une fois les galons de Vétéran acquis, il ne faut pas beaucoup d'efforts pour rester sur scène dans le monde du jeu: une mise à jour de codex ou d'un livre de règles de temps à autre et c'est tout.

Les Vétérans achètent rarement quoi que ce soit - sauf pour quelques acharnés qui essayent de rester "compétitifs" à travers les modifications de l'équilibre du jeu qui suivent chaque changement de règles. Chacun d'eux a chez lui des seaux entiers remplis de figurines attendant d'être peintes, acquises depuis des lustres sur un coup de tête. Pourtant, les Vétérans sont précieux pour Games Workshop. Ils ont généralement une meilleure compréhension du background du jeu, déploient des figurines peintes et connaissent souvent mieux les règles. Ils ont survécu à un cycle de publication et peuvent parler des différences entre les éditions. Ils sont une inspiration pour les nouveaux et une vision rassurante pour leurs parents, et c'est ce qui les rend utile à la société de Nottingham.

Bien sûr, comme pour toute généralisation il n'est pas difficile de trouver des contre-exemples bien dérangeants, mais je pense que cette perception est correcte parce qu'elle explique très bien la politique de Games Workshop envers ce groupe.

L'Age d'Or

La plupart des Vétérans ont commencé à jouer au milieu ou à la fin des années 90. Cette période est appelée l'Age d'Or. Il y avait une multitude de jeux disponibles - Space Hulk, Necromunda, Man o'War, Warhammer Quest, Blood Bowl, Space Fleet, Gorkamorka, Mordheim, Talisman, Epic... Peu importe ce que vous recherchiez pour jouer, il y avait quelque chose dans une des gammes de Games Workshop.

Certains de ces jeux étaient autonomes, mais il y avait des systèmes de jeu entiers, Epic et Man o'War en étant deux exemples célèbres. Ces deux gammes disposaient de suppléments et de listes d'armées tout aussi complètes que pour les jeux phares.
Epic était à l'échelle 6mm, permettant des affrontements colossaux impliquant des régiments entiers dans l'univers sombre de Warhammer 40K. Les Titans s'affrontaient dans des cités dévastées où les unités d'infanterie s'abritent dans des bâtiments en ruines. Les ordres et la chaîne de commandement était plus importante que les individus. L'échelle permettait des figurines spectaculaires pour chaque camp, des Titans aux tunneliers géants en passant par diverses abominations mécaniques.
Man o'War, à l'opposé, était un système de jeu développé par Nigel Stillman pour les batailles navales dans le monde médiéval-fantastique de Warhammer. C'était une gamme complète dans laquelle toutes les races étaient représentées (même les Nains du Chaos!), avec un système de magie entier, des règles pour les campagnes, l'expérience des équipages, les monstres marins, les unités volantes... La variété des unités était inégalée, allant de la Tour Fléau volante de Tzeench au Nautilus des Nains et à ses effrayantes torpilles.

Cependant, cet Age d'Or contenait les germes de sa propre destruction. Une équipe complète pour Blood Bowl n'avait besoin que d'une douzaine de figurines, pas davantage, et permettait d'innombrables heures de jeu au sein d'une ligue. Les premières éditions de Space Hulk ne contenaient que 30 figurines et des règles de campagne pour des années, avec un système pour créer ses propres campagnes. La moindre boîte de figurines Epic en plastique contenait des milliers de points de troupes.

Jouer à des jeux avec figurines était facile et bon marché, et ce fut rapidement un problème aux yeux de Games Workshop. Mais ce n'était pas encore le plus grave.

L'Age Sombre

Chaque boîte de plastique Epic contenait des centaines de figurines à l'échelle 6mm.

La politique de Games Workshop jusque là avait été d'accrocher un maximum de joueurs dans le wargame avec figurine, perçu comme un tout. Mais ces jeux n'étaient pas compatibles. Si quelqu'un investissait temps et argent à construire sa flotte pour Space Fleet, il ne pouvait jouer à aucun jeu à part Space Fleet. Même lorsque les jeux partageaient la même échelle, personne ne pouvait sérieusement utiliser un gang de Necromunda dans une partie de Warhammer 40K ou une équipe de Blood Bowl dans une bataille de Warhammer. La diversité avait créé autant de niches.

Cet aspect fut perçu comme un problème parce que trop de joueurs se contentèrent de s'atteler à des jeux secondaires au lieu de faire le grand saut et de se rallier à Warhammer ou Warhammer 40K, jeux phares et vaches à lait de Games Workshop, comme l'espéraient les comptables de la compagnie. Bâtir une force de 1'000 points pour l'un ou l'autre des jeux principaux a toujours été très cher. Pour ce prix là un joueur pouvait facilement acheter la boîte de base d'une gamme secondaire avec deux forces complètes. Bien sûr, les joueurs étaient nombreux à rejoindre le Hobby, mais pas sur la bonne piste. En outre, toutes ces gammes prenaient une place considérables dans les étals des magasins et il devenait difficile de maintenir le tout et de fournir des nouveautés pour chaque jeu dans le magazine White Dwarf.

Pour résumer, Games Workshop estima un jour qu'il se tirait une balle dans le pied avec toutes ces gammes de produits. Alors que cette nouvelle perception du marché perçait au sein des décideurs de la compagnie, les nouvelles gammes en chantier furent abandonnées. Des expérimentations tardives, comme Inquisitor, parvinrent jusqu'à la publication car elles étaient trop avancées, mais d'autres, comme Epic 40K, furent abandonnées du jour au lendemain. Mais trop de lignes parallèles continuaient à exister. Il fallait tuer ces jeunes pousses devenues gênantes.

Cependant, si Games Workshop avait rayé de la carte toutes les lignes divergentes, les Vétérans auraient tellement hurlé que cela aurait effrayé les Débutants et fait une très mauvaise publicité à la compagnie. Elle choisit donc une autre voie. Specialist Games fut fondé dans ce seul but: mettre un terme à toutes les lignes de produit hormis Warhammer et Warhammer 40K, mais de façon plus élégante.

Les Jeux Morts-Vivants

L'intitulé de Mission de Specialist Games fut naturellement tout autre de ce qui est évoqué ici, et ils firent de leur mieux pour garder en vie tous les jeux dont ils avaient la charge, malgré des budgets réduits et des sculpteurs externes de niveau... Très variable. Ce n'était pas les seuls problèmes auxquels ils faisaient face: la disponibilité des figurines d'archive était soumise au bon vouloir de Games Workshop; le planning de développement avait quelque chose d'erratique. Par exemple, ils sentirent le besoin de rééditer le livre de règles de Necromunda (sans même corriger les coquilles de la première édition) mais ne se donnèrent jamais la peine d'aller au-delà des trois modestes armées existantes pour Epic:Armageddon alors que les archives regorgeaients de moules inexploités provenant des précédentes éditions.
Leur politique tarifaire était un autre clou dans leur cercueil, elle aussi décidée par la compagnie mère. Les figurines de Specialist Games étaient très chères, plus encore que celles des jeux officiels de Games Workshop - et elles ne sont pas données. A mes yeux, c'était un artifice de plus pour garder les nouveaux joueurs à l'écart. Malgré toutes ces embûches, Specialist Games n'était pas sans mérites: ils créèrent de nombreux magazines pour tous leurs jeux, fournirent des forums, et permirent le téléchargement gratuit des livres de règles. Cela ne les empêchait pas de rester désespérément seuls.

Games Workshop ignorait royalement sa propre filiale. C'était comme si le seul mérite de Specialist Games était d'exister et de fournir à Jervis Johnson une voie de garage. Officiellement, ils existaient à peine, et on leur interdit formellement toute forme de publicité pleine page dans le magazine White Dwarf.
Cette attitude est facile à comprendre: Les joueurs vétérans devaient avoir accès aux produits anciens qu'ils appréciaient, mais il était d'une importance vitale de ne pas attirer de débutants dans cette impasse. Quelque part, Specialist Games a été dès le départ le secret honteux caché dans le placard de Games Workshop.

Des Cendres Aux Cendres

En parallèle, Games Workshop essaya de faire des variantes à petit budget de ses jeux principaux, Warhammer et Warhammer 40K; ces versions s'appellent Warhammer Patrouilles pour le monde médiéval-fantastique, et 40K en 40 minutes ou Commando pour sa contrepartie futuriste. D'autres variantes sont régulièrement publiées dans White Dwarf, comme le système de campagne pour les bandes du Chaos.

Toutes ces alternatives ont en commun de permettre aux joueurs une partie avec moins de figurines que pour une véritable armée, mais avec des figurines compatibles. C'est un bon point. Le mauvais point, bien sûr, c'est que l'objectif de ces jeux est d'amener les joueurs à faire de vraies batailles à grande échelle, pas de les permettre de rester éternellement à ces petits affrontements ridicules, si bien qu'en fait ces règles diluées sont assez fades. Une partie de Warhammer Patrouilles est au mieux une bataille médiocre jouée à l'heure du déjeuner et ne peut pas se comparer à un combat de gangs dans la ruche de Necromunda ou une bataille navale de Man o'War.

Specialist Games fut de moins en moins nécessaire alors que le temps passait, parce que le nombre de Vétérans exclusivement dédiés aux jeux principaux augmenta suffisamment. Après quelques années d'existence confidentielle, il y eut enfin des Vétérans qui n'avaient pratiquement jamais entendu parler d'autre chose que Warhammer et Warhammer 40K. Comme cette population était devenue assez nombreuse, il n'était plus besoin de s'embarrasser à maintenir des lignes de produit secondaires. Le but était atteint, en souplesse. Fin 2004, la société dérivée fut restructurée et la plupart de ses membres réincorporés dans la compagnie mère. Tous les magazines fondés par Specialist Games, un pour chaque jeu, furent "fusionnés" en un seul. Specialist Games n'est guère plus qu'un site web désormais - quelques forums, un blog et un ensemble de règles à télécharger.

Par chance, la mémoire collective des joueurs n'appartient pas à Games Workshop. Même si Games Workshop fait de son mieux pour agir comme si Blood Bowl, Necromunda ou d'autres jeux de qualité n'avaient jamais existé, eBay continuera à les fournir pour des années. Grâce au Web, le marché de l'occasion est aussi vaste que facile d'accès - et hors de tout contrôle.

J'ai commencé à jouer à NetEpic, en utilisant des figurines Epic, il y a seulement quelques années - plus de six ans après le chant du cygne de la gamme de figurines en rapport - et je n'ai eu aucune difficultés à récupérer des figurines pour toutes les armées, sans verser un centime à Games Workshop. Une fois qu'une gamme est officiellement déclarée morte, il n'y a plus de course aux armements avec de nouveaux suppléments et plus de changements de règles aussi débiles qu'arbitraires. Si vous vous donnez la peine d'y penser, c'est le moment parfait pour commencer à jouer!
publié le 18 Mar 2005

 

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