Sida et double sens le 06 Sep 2007 En Suisse, l'Office Fédéral de la Santé Publique lance
annuellement une campagne de prévention contre le sida. Malheureusement,
les fonds ont servi cette année à véhiculer un message légèrement plus
complexe.
Selon un
communiqué
de presse de l'office: La campagne LOVE LIFE STOP SIDA est un
élément important de la stratégie nationale de prévention du sida
préconisée par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Elle a pour
but de rendre les individus à même de se protéger d’une infection au VIH.
Cet engagement est destiné à renforcer la perception du risque,
l’adaptation du comportement et l’adoption par chacun de mesures adéquates
de protection. De plus, la campagne LOVE LIFE STOP SIDA promeut la
solidarité avec les personnes touchées par le VIH et le
sida. Examinons ce qu'il en est à travers les trois affiches du
visuel de la campagne, abondamment placardées dans toutes les villes de
Suisse... Première
image ci-dessus, intulée Chambre à coucher. On y voit deux
homosexuels se regardant tendrement. Ils sont jeunes, beaux, musclés, et
nus. En arrière-plan, trois inconnus, les anciens compagnons de l'un
d'eux. L'un passe l'aspirateur - image plutôt sympathique d'un homme
attelé au tâches ménagères. Le deuxième fait de la musculation en se
regardant dans un miroir, encore une image positive. Le troisième est plus
loin dans un couloir et semble manipuler une veste, rien de bien
significatif. Nous avons donc un couple glamour et trois anciens amants
pour l'un ou l'autre des deux hommes. Examinons maintenant la deuxième
image, la Salle de bain, où les choses sont légèrement moins
positives. Cette image
montre un couple hétérosexuel dans un bain. L'image est soignée mais
nettement moins érotique que celle de la chambre, puisque nos deux
protagonistes sont à moitié plongés dans une eau opaque. On distingue
trois anciens petits amis de la demoiselle en arrière-plan. Le premier est
aux toilettes en lisant le journal, dans une posture bien peu valorisante.
Le deuxième se rase devant la glace, image neutre. Le troisième manipule
des chaussettes et des sous-vêtements en train de sécher sur
l'emplacement normalement dévolu aux serviettes de bain. Comme pour le
premier homme, l'image n'est guère positive. La salle de bain se
prêtait pourtant bien à la mise en scène neutre ou valorisante
d'individus, comme des hommes musculeux en serviette de bain par exemple.
Les concepteurs de la campagne ont visiblement évité cela. Si leurs
intentions pouvaient rester floues après la découverte des deux premières
affiches, la troisième ne laisse plus la place au doute. Elle s'intitule
famille - cette fois-ci la cible est clairement identifiée - et
montre une scène radicalement
différente. Tout sonne
volontairement faux dans cette image. Le protagoniste principal est
clairement le mari, un moustachu à lunettes parfaitement fade. Le couple
est visiblement réuni pour fêter un anniversaire, mais il n'y a aucun
invité. Ils se retrouvent seuls avec leur fille, autour d'une table
désespérément vide, sans même une nappe, sur laquelle trône un gâteau
disproportionné. L'arrière-plan montre les "ex" de l'homme: cinq
femmes, plus que pour tout autre affiche de la campagne. De plus, elles
arborent un regard vide, des postures et des vêtements assez
particuliers... Ce sont des prostituées. Voilà à quoi ressemble la vie
sexuelle de l'homme hétéro selon les campagnes de préventions publiques:
des putes, des putes et encore des putes. En outre, si les autres affiches
laissent penser que les anciennes relations appartiennent au passé, rien
de tel ici; la scène du "passé" est intemporelle. En d'autres termes,
l'image suggère fortement que l'homme trompe son épouse avec des
prostituées - ancrage dans le temps encore renforcé par la présence du
gâteau d'anniversaire. Si les douze bougies dont il est orné représentent
un anniversaire de mariage, peut-on vraiment croire que l'homme de
l'affiche est hanté par des relations qu'il a eu avec des prostituées il
y a plus de douze ans? Bien sûr que non. Le "passé" évoqué dans la
campagne remonte en fait à un passé très récent. Le mari est infidèle, et
son sourire n'en est que deux fois plus faux. Si l'homosexuel et la
femme ont droit à une vie faites d'aventures sentimentales successives,
le père de famille n'a droit qu'à des relations sexuelles sordides en
trompant sa femme. La publicité obéit à des codes stricts dans lesquels
aucun détail n'est laissé au hasard. Je ne crois pas une seconde à un
message accidentel. Reste à savoir pourquoi l'Office Fédéral de la Santé
Publique a pris la décision, cette année, de transformer sa campagne
d'information contre le sida en outil contre la famille traditionnelle et
pour l'homosexualité. Cette valorisation dans les affiches se remarque
d'autant plus quand on la compare au manque de finesse de représentation
de la femme dans d'autres supports de la campagne gouvernementale, comme
le site Check Your Love
Life qui montre des préservatifs comme autant de bouches
féminines! Pourtant, il n'y a pas de maladie plus évitable que le sida
- sauf, peut-être, quand on est un hémophile français sous un gouvernement
socialiste. Avançons une hypothèse: on le sait, les autorités étatiques,
marchant main dans la main avec les associations gay et lesbiennes, font
toujours la promotion du préservatif au lieu de mettre en avant des
méthodes plus "traditionnelles" de préservation contre le sida.
L'abstinence ou la fidélité sont des valeurs bien trop bourgeoises et
conservatrices pour être seulement prises au sérieux; d'où cette attaque
en règle contre un mode de vie traditionnel qu'il s'agit de
décrier. Pour l'Office Fédéral de la Santé Publique, seul le latex du
préservatif peut préserver du sida. La fidélité entre époux ne saurait
être qu'un mensonge. |