Les racines de la crise le 18 Sep 2008 Les places financières sont dans la tourmente, mais
pourquoi?
Les railleries volent bas en ce moment. Une
plaisanterie courue consiste à surnommer les Etats-Unis les USSA -
United Socialist States of America - en référence à la façon dont
la banque centrale américaine et le gouvernement volent au secours des
acteurs d'un marché financier en proie à la panique. Il ne reste plus
grand-chose de la prise de risque inhérente au capitalisme dès lors que
l'Etat décide de se porter garant en cas de problème. Rien ne vaut un
excellent
dessin de Chapatte pour illustrer la situation... Méritent-ils toute
cette aide? La question mérite d'être posée, car l'influence de l'Etat
n'est pas sans conséquences. Il y a bien sûr la noblesse de se porter en
sauveur; sauveur d'entreprises, sauveur d'emploi... Le beau rôle dans
l'opinion publique, parmi ceux qui n'y comprennent strictement rien en
économie. Mais aussi sauveur d'un système proche de l'effondrement parce
que vicié et mal géré: on sauve donc aussi l'inefficacité, la prise de
risque excessive, l'exposition entraînée par des placements décidés par
des gestionnaires incompétents et dont c'était pourtant le métier.
L'argent dont dispose l'Etat ne pousse pas sur les arbres. Il vient des
impôts, donc des contribuables. Quant à la Fed, si elle peut
éventuellement imprimer de la monnaie, elle en déprécie la valeur et
provoque de l'inflation. Tout le monde est donc perdant. Histoire d'en
rajouter une couche, le remède risque de ne pas suffire. L'exemple d'AIG
est édifiant. Comme l'expliquent
plusieurs
analystes dans une dépêche de l'AFP, l'intervention de l'Etat n'a
même pas réussi à sauver la valeur de l'entreprise. L'apport d'argent
frais sous forme de prêt et les conditions afférentes ont pratiquement
nationalisé la société de réassurance, l'Etat américain détenant 80% du
capital au terme de l'opération. Que vaut une voix - une action - dans
une démocratie participative où 80% des bulletins sont tenus par un seul
acteur? Rien du tout, évidemment. Ceux qui espéraient encore des
dividendes dans un avenir très lointain en seront aussi pour leurs frais,
l'accord prévoyant que le gouvernement a le droit de veto sur le paiement
des dividendes aux actionnaires. L'entreprise est promise à un
démantèlement à moyen terme pour tenir ses engagements. Le sauvetage
ressemble fort à un baiser de la mort. La crise durera probablement
quelques mois encore, voire une ou deux années. Le secteur bancaire se
consolidera, les entreprises bien gérées s'emparant facilement de celles
en déroute. Lorsque la fumée sera retombée, chacun se félicitera de la
nouvelle reprise des affaires. Mais qui s'interrogera sur les raisons qui
ont amené à cela? "Les subprimes", répondent en choeur les spectateurs.
Dont acte. Mais allons plus au fond des choses: pourquoi les
subprimes? On le sait, le maelström boursier planétaire est en grande
partie dû à une mauvaise répartition des risques hypothécaires. Il faut
encore comprendre comment ces fameux risques se sont créés. Un
article de
l'Investor's Business Daily du 15 septembre
2008 est à cet égard très instructif: Obama a déclaré hier que la
vague de banqueroutes liées aux subprimes était à mettre sur le compte du
marché libre (...) mais c'était l'Administration Clinton, obsédée par le
multiculturalisme, qui a décrété comment les vendeurs d'hypothèques
pouvaient prêter, et qui a aidé à l'origine à créer le marché des
subprimes qui infecte aujourd'hui comme une épidémie virale les bilans
des institutions les plus respectables de Wall Street. Des
réglementations très strictes forçaient les organismes de crédit à
s'aventurer dans des zones à risques où ils n'avaient pas d'autres
choix que de conclure des hypothèques là où des règles de gestion sensées
les auraient interdites. C'était ça ou s'exposer à de sévères
amendes. On passe sous silence dans cette crise nationale que le
Président Clinton renforça le Community Redevelopment Act, une loi
bienveillante de l'époque Carter, conçue pour encourager la propriété par
les minorités. En faisant ainsi, il aida à créer le marché des prêts à
risques que les Démocrates et lui décrient aujourd'hui comme non
seulement cupide, mais "rapace". Les Démocrates seraient donc bien
avisés de ne pas jouer les oies blanches; d'autant plus que la supervision
gouvernementale du marché américain des hypothèques a donné lieu à des
détournements massifs, comme s'en emporte
Rush
Limbaugh: "Fannie Mae et Freddie Mac ont décidé de graisser la
pompe depuis quelques années. Ils l'ont bien graissée, encourageant
toutes sortes d'hypothèques qui n'obligeaient à rien, amenant des gens à
s'acheter des maisons qu'ils étaient incapables de payer et poussant les
prix de l'immobilier au-delà de tout réalisme. (...) [Ces gens sont] des
politiciens de Washington, principalement les gauchistes aux commandes de
Freddie Mac et Fannie Mae, achetant des votes, comme toujours, utilisant
l'argent public pour faire avancer leur carrière et se remplir les
poches. (...) Le président [Clinton] et le Congrès, ensemble, ont insisté
pour que les hypothèques soient accessibles à des gens de plus en plus
pauvres, ce qui signifiait que des gens avec peu de biens et peu de
revenus devaient quand même obtenir des hypothèques en étant incapables de
les payer si l'économie ne s'améliorait pas... Et c'est exactement ce
qui s'est passé." Et une dernière réplique pour la
route: "Mesdames et messieurs, cela me brise le coeur de voir blâmé
le capitalisme même par des gens de notre bord qui s'agitent en réclamant
"plus de réglementation". C'est le langage codé pour dire que le libre
marché est incapable de se réguler tout seul. La responsabilité et les
réglementations ne sont pas la même chose. Les gens veulent de la
responsabilité. Je ne pense pas qu'ils s'intéressent vraiment à toutes
ces réglementations. Cette affaire est sérieuse. Où est le procureur
extraordinaire? Où est Eliot Ness quand on a besoin de lui? Ceci est un
échec monumental du gouvernement, des réglementations gouvernementales et
du Congrès, et ils font passer tout cela comme une faillite monumentale du
secteur privé. Dire que nous avons besoin de plus de gouvernement et de
régulation n'est pas utile. Nous avons besoin de responsabilité. Vraie
réforme ou pas, je n'en sais rien, mais je suis fatigué d'entendre le
mot "réforme" de la bouche de chaque politicien impliqué dans cette
campagne [présidentielle] parce que le mot "réforme" est un nom de code
pour plus d'intervention étatique. Ce que nous voyons droit devant nous
est l'échec d'un gouvernement à gérer ces choses à force de
micro-manager, de réglementer, de politiser toutes ces institutions.
Comment se fait-il que nous connaissions le nom de Ken Lay [PDG d'Enron]
mais aucun de ceux impliqués dans ce scandale? Je vais vous le dire. Parce
que les noms de ces gens sont des noms comme Dodd, Chris Dodd, du
Connecticut, Franklin Raines, membres de l'équipe chargée de l'économie
dans le camp d'Obama, qu'ils ont du quitter précipitamment Fannie Mae à
la suite d'accusations de fraude. Jim Johnson, actuellement conseiller
économique dans la campagne d'Obama avec Frank Raines, a lui aussi
travaillé à Fannie Mae. Pendant toute la médisance sur Halliburton -
donnez-vous la peine d'y penser - pendant cinq ans nous n'avons entendu
que des Halliburton a corrompu ceci, Halliburton est corrompu, Halliburton
vole, Halliburton-Cheney et ainsi de suite, la classe politique et ses
relais, les gauchistes ont vomi sur Halliburton, mais Halliburton n'a
rien fait de tout cela. Le crime d'Halliburton est d'avoir soutenu [les
troupes américaines]. Pourquoi aucune morgue équivalente contre Fannie Mae
et Freddie Mac? Je vais vous le dire, parce qu'ils sont ce qu'ils sont et
ils ont fait ce qu'ils ont fait à cause des politiciens de gauche à
Washington.(...) Sénateur Obama, le gouvernement ne peut pas se
permettre de vous avoir à sa tête. Nous ne pouvons vous accepter d'aucune
manière, sorte, forme, qu'elle soit financière, culturelle, politique,
structurelle; nous ne pouvons pas nous permettre d'accueillir des gens
qui croient que la solution aux problèmes qu'ils ont créés est de
promouvoir les gens à l'origine de ces problèmes." Tout est
dit. (merci à l'indispensable François
Guillaumat pour les sources de ce billet.) |