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 Le sous-développement leur va si bien  le 27 Jan 2009
Les Himbas sont primitifs. Qu'ils le restent.

Au détour d'un zapping sur la chaîne planète, je suis tombé sur l'émission de Frédéric Lopez, En terre inconnue.

Le concept est original: une célébrité est emmenée au bout du monde et rencontre des peuples perdus quelque part sur la planète. Détail intéressant, elle ne connaît la destination qu'une fois dans l'avion... La présence familière de cette célébrité, forcément connue du téléspectateur, alliée à son naturel et son émerveillement alors qu'elle découvre un mode de vie et une culture inconnus, permettent des séquences riches en émotions.

Dans cet épisode, ce fut le tour de Muriel Robin de se soumettre à l'expérience, emmenée chez les Himbas en Namibie. La découverte de leur mode de vie fut très instructive, allant de la façon dont ils économisent une eau rare dans leur région et taboue pour les femmes, à leur habitude de s'enduire le corps d'un mélange de graisse animale et de poudre d'hématite. Cet enduit leur donne une couleur rouge caractéristique et leur permet de se protéger du soleil, du desséchement et des parasites. Les femmes portent jusqu'à vingt kilos de bijoux métalliques, et considèrent leurs chevilles comme la zone de leur corps la plus intime...

Jean-Michel Turpin, le photographe de l'équipe, put prendre de nombreux clichés de l'expédition.

En terre inconnue ne se limita pas à un survol touristique du mode de vie des Himbas. Accompagnés d'une géographe ayant passé plusieurs mois chez eux, nos explorateurs discutèrent de la conception du monde selon les Himbas. Muriel Robin se prit d'affection pour certains d'entre eux et nos ils les emmenèrent voir la mer pour la première fois de leur existence! Complet, le propos se frotta également à quelques sujets plus polémiques, comme les relations entre l'ethnie et le reste du monde. Les Himbas sont décriés en ville, considérés comme sales et sauvages. Le mélange dont ils s'enduisent tache tout ce qu'ils touchent, les rendant inadaptés à une vie plus moderne. En conséquence, de nombreux Himbas s'urbanisent et abandonnent leur mode de vie traditionnel. Ils choisissent de porter des habits. Les jeunes hésitent entre la voie ancestrale et une existence différente, où ils pourraient apprendre à lire et à écrire et s'éveiller à un monde inconcevable de leurs aînés.

Mais le propos me mis de plus en plus mal à l'aise alors que la conclusion approchait. S'éloignant de plus en plus du documentaire, le commentaire en voix off devint partisan, évoquant l'impérieuse défense du mode de vie traditionnel des Himbas contre les "dangers" qui le menacent - la consommation, l'urbanisation, le contact avec le monde moderne... Nos vaillants aventuriers prenant naturellement faits et causes pour l'authenticité de leurs nouveaux amis, afin qu'ils continuent à vivre dans leurs cahutes au fond de la brousse.

L'occidental moyen ne sera guère surpris de ce point de vue bien dans l'air du temps. Mais si on se donne la peine d'y réfléchir, il est abominable.

Les Himbas n'ont pas vocation à rester meurtris et sous-développés simplement parce qu'ils semblent "pittoresques" à l'occidental de passage, fut-il porteur d'une caméra. Les hommes et les femmes qui composent ces tribus sont des humains, génétiquement et intellectuellement. Ils ont la liberté de choisir leur mode de vie comme ils l'entendent. Personne n'a le droit de les condamner au sous-développement simplement pour qu'ils "préservent leur authenticité".

Certes, vivre dans une ville de Namibie, savoir lire et écrire, s'habiller avec des vêtements et faire ses courses dans un supermarché manque cruellement de relief. Vivre dans la brousse, manquer d'eau toute sa vie, subir la mortalité infantile, les maladies, la pauvreté, la faim, ignorer tout du monde, est-ce préférable? "Bien sûr!" s'écrie l'occidental post-moderne, confortablement assis dans son salon...

L'hypocrisie des étrangers venus visiter les Himbas est sans borne. Bien sûr, ils s'extasient devant leur mode de vie, mais pas un seul n'abandonnerait un instant sa position confortable de touriste pour vivre non pas au milieu d'eux, mais comme eux.

On oublie trop souvent que les cultures humaines sont dynamiques. Les hommes sont doués de raison et prennent d'importantes décisions au long de leur existence et à chaque génération. Tout enfant qui grandit a le choix, si les conditions le permettent, entre la perpétuation de la culture de ses parents ou l'adaptation à quelque chose de différent, avec en filigrane l'espoir d'une vie meilleure.

Certes, au nom d'une diversité d'inventaire, la disparition de coutumes, de cultures et de langues est regrettable. Mais ceux qui vivent et meurent dans ces cultures primitives n'ont pas à être condamnés à y rester. La préservation des cultures est une des formes de racisme les plus raffinées. "Moi, riche occidental, j'ai droit à l'éducation, à l'abondance et au développement car telle est ma tradition; toi, le sauvage du tiers-monde, tu as le devoir de continuer à survivre dans ta cabane car tel est ton destin. Tes traditions sont plus importantes que ta santé et l'avenir de tes enfants."

Des amis authentiques prodigueraient-ils vraiment des conseils de ce genre?

 

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   "Mieux vaut étendre le jeu que restreindre les joueurs." -- Eric Wujcik