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 Le Japon choisit l'illusion  le 01 Sep 2009
La victoire du Parti démocrate du Japon (PDJ) ouvre des lendemains qui déchantent.

Sacré Japonais! Ils ne font rien comme tout le monde: les voilà qui croient au Père Noël en plein été. Je parle évidemment des élections législatives dans lesquelles les citoyens de l'archipel nippon ont voté en masse pour le PDJ, mettant un terme à 54 ans de règne de la droite conservatrice - une accession au pouvoir d'un parti de centre-gauche dignement célébrée par les analystes occidentaux.

Pourtant, il n'est pas certain que les électeurs aient réellement plébiscité le PDJ pour ce qu'il représente. Ils auraient plutôt souhaité évincer le vieux Parti Libéral Démocrate (PLD) au pouvoir depuis trop longtemps, une désaffection qui les aurait poussés dans les bras du premier parti d'opposition venu. Le PDJ n'en aurait d'ailleurs profité que parce qu'il est le plus proche du PLD, sans être le PLD lui-même.

Dans tous les cas, la législature du PDJ ne va pas être de tout repos. Surfant sur les promesses populistes les plus contradictoires - il y a des socialistes dans le mélange - le PDJ s'est engagé à donner aux Japonais des promesses qu'il sera incapable de tenir. Pire encore, comme il dispose désormais de la majorité absolue dans les deux chambres, il lui sera bien difficile de faire porter le chapeau de la déconvenue à une opposition farouche ou à l'obligation de faire des compromis. C'est au pied du mur qu'on voit le maçon...

De quelles promesses s'agit-il? En voilà quelques-unes:

Politique étrangère. Davantage d'autonomie vis-à-vis des Etats-Unis et réduction du nombre de bases et de soldats américains au Japon. Règlement du conflit avec la Russie au sujet des îles Kouriles.

Si davantage d'autonomie avec les Etats-Unis peut se concevoir (les Américains seront sans doute heureux de ne plus avoir à mobiliser 47'000 soldats dans l'archipel), la perspective d'un "règlement du conflit" avec la Russie sur les îles Kouriles a de quoi faire sourire. A moins que le futur premier ministre Yukio Hatoyama ne décide d'abandonner ces îles à la Russie une bonne fois pour toute, je vois mal comment le Japon pourrait les récupérer sans frapper du poing sur la table (et avec quel poing, je l'ignore). La Russie de MM. Poutine et Medvedev a prouvé dans l'histoire récente, en Tchétchénie ou en Géorgie, qu'elle était assez peu flexible sur les questions territoriales. Le ballet diplomatique sera certainement distrayant.

Economie. Suppression des péages autoroutiers et réduction des taxes sur l'essence. Augmentation du salaire minimal.

Si j'applaudis à la suppression des péages et des taxes, je m'interroge sur la façon dont l'Etat japonais, endetté à presque 120% de son PIB, va réduire son train de vie en parallèle. Car qui dit moins de rentrées fiscales dit aussi un budget réduit, donc moins de fromage pour l'épaisse strate bureaucratique nippone. De nouveaux impôts surgiront sans doute du chapeau à un moment ou un autre, à n'en pas douter. Quant à l'augmentation du salaire minimal, c'est une de ces vieilles lunes socialistes qui plongeront dans le chômage et le travail au noir une bonne partie des "bénéficiaires" de ces nouvelles mesures.

Famille. Aide financière aux familles monoparentales. Gratuité des frais de scolarité dans l'enseignement secondaire public.

Là encore, gâteau à tous les repas. Mais d'où vont-ils donc sortir tout ce bel argent?

Social. Création d'une allocation pour les sans-emploi en fin de droits. Interdiction d'intérim dans les usines.

Encore de l'argent surgit du chapeau. Quant à interdire l'intérim, autant interdire la flexibilité. Pas que les entreprises japonaises brillent beaucoup en ce domaine (les "variables d'ajustement" sont plutôt les salariés des filiales étrangères en Chine ou en Corée du Sud) mais il est certain que face à la perspective d'être obligé d'embaucher un intérimaire, la plupart des chefs d'entreprise choisiront plutôt de s'en passer. Augmentation du chômage en perspective, donc.

Environnement. Réduction de 25% des émissions de gaz à effet de serre du Japon d'ici à 2020, par rapport à 1990.

Encore un bon coup de sur l'économie nippone. Comme les Japonais sont traditionnellement respectueux de l'environnement, on peut imaginer que de tels objectifs seront hors de prix. Replacer des installations déficientes est parfois économiquement défendable, mais c'est autre chose que de rendre encore plus propre une usine dernier cri.

Bref, le "rejet de l'économie libérale" tant loué sous nos latitudes semble bien peu vraisemblable. L'arrivée du PLD ne pourrait être qu'une parenthèse, faute de quoi le Japon s'apprête à renoncer pour de bon à sa prospérité. Les Japonais, contrairement à ce qu'en disent les Occidentaux, n'ont pas tourné le dos à un parti et un mode de développement qui a permis de sortir leur pays vaincu, ruiné et atomisé au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, pour en faire la deuxième économie planétaire - le tout sur un archipel volcanique surpeuplé et sans ressources. Je pense simplement que, quitte à attribuer de la sagesse aux électeurs, ils ont choisi d'éloigner temporairement le Parti Libéral Démocrate du pouvoir, pour son bien. Cet éloignement permettra peut-être au PLD de mettre un terme à ses relations incestueuses avec la bureaucratie et les grandes entreprises, ses liens mafieux, sa routine, ses luttes intestines - tous les péchés dans lesquels les politiciens s'engouffrent s'ils restent en poste trop longtemps.

Je suis prêt à parier que la période qui s'ouvre n'est qu'une parenthèse, pour peu que le PLD parvienne à se régénérer. Les dirigeants semblant avoir compris le message, la période de disgrâce pourrait être courte. On verra alors les mêmes journalistes qui aujourd'hui fêtent le Japon se plaindre que les Japonais "renouent avec l'ordre ancien" et "renoncent au progrès social". En attendant, les Japonais, dit-on, n'aiment pas qu'on jette l'argent public par les fenêtres: avec le programme du Parti Démocrate du Japon, ils vont être servis!

 

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