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 La plume d'un homme  le 15 Oct 2009
Le destin démocratique d'un continent entier est suspendu à la plume du président tchèque, Vaclav Klaus.

Le Verrou Tchèque, titre Le Temps du 13 Octobre, en parlant de Vaclav Klaus. Le verrou - l'obstacle qu'on doit faire sauter.

Bien piètre histoire que celle du continent européen au début du XXIe siècle, en vérité. L'Union Européenne soufre d'un déficit criant de démocratie. Institutions opaques, fonctionnement incompréhensible, bureaucratie tatillonne, sens des priorités pour le moins surprenant - les défauts de l'Union Européenne sont aussi patents que reconnus par les citoyens des pays qui la composent, quand on prend la peine de le leur demander.

Aussi, les élites ont décidé de s'en abstenir.

L'épopée du Traité de Lisbonne, digne des pires républiques bananières, en est malheureusement l'exemple le plus éclatant.

Le Traité de Lisbonne n'est que la seconde incarnation du Projet de Constitution Européenne, rejetés par des Français avides de déplaire à leur président d'alors, Jacques Chirac. A l'époque, on chantait déjà qu'il n'y avait pas de plan B - à se demander pourquoi on avait pris la peine d'imprimer des bulletins NON, en fin de compte! Mais c'est ainsi. Dans une tentative de gloire personnelle qui aurait dû l'amener, par sa prise de risque, à devenir le premier Président de l'Union Européenne, M. Chirac sera resté dans l'histoire comme l'auteur d'une des bourdes politiques les plus gênantes. Il s'est pris les pieds dans le tapis rouge.

La Constitution est chassée par la porte, elle revient par la fenêtre, rebaptisée Traité de Lisbonne. Voilà un texte que les présidents et les parlementaires du continent essayent de faire passer à n'importe quel prix, en s'abstenant évidemment de faire appel au peuple, masse inculte, épaisse, et méprisée. Aussi, la ratification parlementaire s'impose. Dans les parlements, on est entre gens biens: on a compris l'idée européenne, le désir d'unité, on aime se sentir chapeautés sous le parapluie confortable d'une organisation supranationale. Le plan est parfait: qu'on évite, surtout, surtout! de demander son avis au pékin moyen.

Malheureusement, certains pays de l'Union, provinciaux et arriérés, obligent encore par leur Constitution à soumettre ce genre de traité au référendum populaire. Visiblement, leur Constitution n'a pas été toilettée depuis longtemps. Et là, en Juin 2008, au beau milieu de cette procédure de ratification bien huilée, patatras, les Irlandais votent non! Imbécile de peuple, je vous l'avais bien dit!

Qu'à cela ne tienne. D'abord, après avoir promis que non-on-ne-revotera-pas, on annonce qu'on revotera. Les Irlandais, pas assez joueurs à mon goût, n'ont pas cherché à savoir quels nouveaux avantages ils pourraient tirer d'un nouveau refus: c'est un peu comme lorsqu'on est le propriétaire de la dernière maison qui empêche de faire passer une autoroute - en tous cas, dans un pays où le droit de propriété est respecté. Bref, on colle quelques amendements au texte pour amadouer le chaland, on écrase le citoyen sous la propagande, on lui intime en douce d'arrêter de faire son intéressant, et on revote. La leçon est bien comprise, le Oui passe. La rébellion irlandaise est matée.

Mais que vient-on de ratifier, au juste? Le Traité de Lisbonne "édition révisée" accepté par les Irlandais est un nouveau texte, puisqu'il tient compte des modifications apportées pour calmer ces Irlandais farouches. Du coup, ce n'est plus celui approuvé par les parlements des autres pays de l'Union. Et voilà notre texte final, indivisible, parfait et gravé dans le marbre, à nouveau raturé... Rassurez-vous, la machine bureaucratique est en marche. On sait, à Bruxelles, comment se sortir de ces péripéties. Il suffira d'intégrer les dispositions complémentaires au Traité de Lisbonne en même temps que le prochain traité européen. L'adhésion de la Croatie, par exemple.

Lorsque les parlements nationaux (ou peut-être le peuple, qu'on pourra consulter puisque cela semble cette fois sans risque) se prononcera sur l'adhésion de la Croatie en tant que nouveau membre au sein de l'Union Européenne, les électeurs voteront en réalité sur l'adhésion croate plus les modifications irlandaises au Traité de Lisbonne. Mais après tout, quel contrat n'a pas ses petits caractères?

La machine est repartie, elle tourne à plein régime. Reste un grain de sable. Un homme, un seul, Vaclav Klaus, Président de la République Tchèque. Eurosceptique, comme disent les journalistes pour le dénigrer. Il est vrai que l'homme a connu le joug communiste de première main et s'est à plusieurs reprises étonné du parallèle entre la construction européenne et l'Union Soviétique. Eurosceptique, comme sceptique du climat - autre tare de notre temps, que M. Klaus partage aussi. Vraiment pas un individu fréquentable!

M. Vaclav Klaus ne tient pas à signer le Traité de Lisbonne - son unique prérogative en tant que Président de la Tchéquie. Pratiquement son seul pouvoir.

Le verrou.

A quel jeu joue le président tchèque? La réponse vient peut-être d'Angleterre. Là-bas, les Travaillistes sont en pleine déconfiture. Selon toute vraisemblance, ils seront remplacés en juin prochain par les Conservateurs, dont le leader, David Cameron, a fait du Traité de Lisbonne un thème de campagne. Selon ses promesses, le peuple anglais devrait se prononcer sur le texte si les Conservateurs sont élus. Et vraisemblablement rejeté, si l'on en juge la piètre estime des institutions de l'Union par les sondages de Grande-Bretagne. Le refus du peuple anglais, à l'instar du non français en 2005, mettrait un terme à l'aventure. Enfin, pour quatre ans, disons: je ne doute pas que les partisans du Grand Plan Européen ont de la ressource. Mais, sur le papier, un Non anglais tuerait le Traité de Lisbonne dans son incarnation du moment.

Encore faut-il que le texte ne soit pas entré en vigueur d'ici-là, car il a été ratifié par le parlement anglais, au grand dam du corps électoral. En l'état, le Traité de Lisbonne est accepté par l'Angleterre. S'il entre en vigueur avant la victoire conservatrice annoncée, ce sera trop tard.

Il faut donc que Vaclav Klaus garde le capuchon sur son stylo.

Extraordinaire courage d'un homme qui ose résister aux élites politiques d'un continent tout entier! Le destin de l'Europe démocratique est entre ses mains. S'il cède, c'en sera fini, le Traité de Lisbonne passera, il n'y aura pratiquement plus que des décisions à la majorité simple, et l'obligation de consulter les peuples disparaîtra pour de bon. La pression pesant sur ses épaules doit être terrible. Les médias acquis à la cause, les parlementaires européens haineux, même les sondages d'opinion réalisés en République Tchèque montrant que le peuple tchèque n'apprécie pas trop, à 44%, d'attirer ainsi l'attention. Tout est fait pour le convaincre de prendre le chemin de moindre résistance. Pendant ce temps, les autorités tchèques tentent de trouver un moyen de déposséder le Président de la prérogative de signer le traité pour faire apposer la signature par le Premier Ministre...

Je pense qu'il y a même des chances que Vaclav Klaus disparaisse dans un "accident". Louis XVI avait découvert bien assez tôt les dangers de l'utilisation de son droit de Veto contre des élites dominantes hostiles.

A Bruxelles, on ne voudrait pas donner trop d'importance à ce dernier obstacle. On fait comme si. Tout va parfaitement bien. M. Barroso planifie le changement des institutions, les prétendants au nouveau poste de Président de l'Union avancent gentiment leur candidature, on choisit le nouveau papier peint des bureaux... Mais le contrat n'est pas encore signé.

A l'heure où ces lignes sont écrites, M. Klaus tient toujours.

Qu'il tienne bon. Pour le futur démocratique de l'Europe.

 

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