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 Autarcie et protectionnisme  le 18 Aug 2005
Dans la conception libérale, l'autarcie est plus qu'un péché, c'est un crime. Pourtant, tous les jours, les politiciens essayent de mettre en place au moins sa version soft, le protectionnisme, et toujours au nom d'idéaux nobles et apparemment pleins de sens. D'où vient cette divergence de vue? Pourquoi les libéraux perçoivent-ils donc tant ce concept comme un danger mortel?

Selon l'ébauche de définition de wikipedia, l'autarcie "est un mode de vie dans lequel le foyer produit tout ce qu'il consomme, ou du moins l'essentiel, et ne recourt donc pas ou peu au commerce pour compléter. L'autarcie est aussi une théorie économique préconisant la production à l'intérieur du pays de tout sa consommation, et la réduction des importations au strict minimum."

Ne pas avoir besoin du commerce et être heureux malgré tout, cela implique une indépendance totale. Ne dépendre de personne, n'est-ce pas une idée séduisante? Je dois admettre que la première fois où j'ai entendu parler de ce concept, jeune écolier entièrement soumis à la vulgate marxiste de mes professeurs, je l'ai trouvé prometteur. Un pays (puisque nous parlions de pays) capable de tout faire lui-même. Totalement indépendant. Qui n'a besoin de personne, d'aucun échange, voire d'aucune matière première. Une vraie liberté, finalement! Tout cela avait l'air bien sympathique... Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris le piège.

La définition de l'autarcie est très incomplète, comme le prouve sa mise en place par divers régimes totalitaires au cours du XXe siècle. L'indépendance totale évoquée ci-dessus, qui permet de s'affranchir du commerce, n'est pas choisie mais imposée. L'autarcie - et son petit frère le protectionnisme - sont une négation du commerce. Il ne s'agit pas d'y renoncer parce qu'on n'en a pas besoin, mais parce qu'il est rendu impossible aux habitants par l'emploi de la force de l'appareil d'Etat. L'interdiction ou la limitation du commerce ne peut naître que sous la contrainte.

Rendre les frontières plus ou moins hermétiques aux marchandises et aux matières premières étrangères implique un certain nombre de conséquences politiques et économiques.

La plus visible, c'est que la population s'appauvrit. En effet, aucun pays ne disposant de tout en quantité suffisante, comme les matières premières, la volonté "d'indépendance" qui empêche les importations rend certaines denrées tout simplement indisponibles. Il est parfois possible de les produire localement, mais pas toujours: pas possible de fabriquer du pétrole artificiellement, ni du minerai de fer, ni bien d'autres éléments essentiels à une économie. Si c'est la nourriture qui manque, la famine s'ensuit; si ce sont des biens de consommation qui manquent à l'appel, un inconfort plus ou moins criant s'installe.
Avant et pendant la seconde guerre mondiale, les savants de l'Allemagne Nazie - Hitler étant un fervent promoteur de l'autarcie - rivalisaient d'ingéniosité pour concevoir des Ersatz, des produits de substitution qui étaient "tout comme" l'original mais fabriqués avec ce que le pays avait sous la main. Leur échec fut consacré par le passage de ce mot dans le langage courant, pour signifier encore à notre époque un substitut de faible qualité, inférieur à l'original.

C'est très logique si on diminue l'échelle des échanges au niveau de la cellule familiale ou de l'individu. Si une famille se retrouve coupée du monde - ou s'en coupe volontairement - elle devra travailler elle-même la terre pour se nourrir, coudre ses propres vêtements, constituer elle-même la main-d'oeuvre qui servira à bâtir sa propre maison. Il faut encore espérer qu'elle aura un environnement propice pour subsister; sur un canot de survie en pleine mer, l'autarcie imposée ne dure pas longtemps. Une telle famille serait indépendante, c'est sûr; mais serait-elle prospère? Absolument pas. Devoir produire individuellement tout ce dont chacun a besoin, c'est le signe de la plus grande pauvreté.
Pour s'en convaincre, il suffit de réaliser que chacun, à n'importe quel moment, peut choisir délibérément un mode de vie autarcique et renoncer au commerce pour aller vivre en ermite dans la montagne. Mais à agir ainsi, imagine-t-on quiconque avec une vie confortable? Que serait l'existence s'il fallait créer la moindre chaise sur laquelle on s'assied - sans parler de l'écran à partir duquel vous lisez ce texte? Ce serait tout bonnement impossible. Il n'existe pas d'être humain avec suffisamment de connaissances pour fabriquer de ses propres mains, une fois lâché en pleine nature, un simple crayon à papier.
Si personne ne prend la direction de l'autarcie à l'échelle individuelle, c'est parce que chacun sent, instinctivement, que ce n'est pas la meilleure solution.

Les politiciens adeptes du protectionnismes - qui n'est, je le rappelle, qu'une version atténuée de l'autarcie, une sorte de poison light - estiment que les avantages apparents de ces barrières, comme la protection de certains secteurs industriels en difficulté, dépassent les inconvénients. Face à la démonstration simple de l'aberration que constitue cette pratique à l'échelle d'une famille, ils expliquent que les lois qui s'appliquent en macroéconomie sont distincts: différentes échelles, différents fonctionnements.
C'est une manoeuvre d'évitement commode mais malheureusement fausse, car le problème reste inchangé à toutes les échelles.

Imaginons un protectionnisme plus ou moins prononcé à l'échelle d'un pays comme la France. La France, n'en déplaise à ses habitants, n'est qu'un espace géographique arbitraire. L'argumentation qui prévaudra sans doute serait de dire qu'il y a trop de différences entre la France et le reste du monde pour accepter le commerce avec l'autre. Mais ces différences existent aussi à l'intérieur du pays, entre différentes régions de France. Pourquoi alors ne pas installer des barrières douanières hermétiques entre le nord et le sud de la France? A l'entrée de chaque grande ville? Entre chaque quartier? Au pied de chaque immeuble?
Suivant la logique protectionniste, à chaque pose de barrières supplémentaires, la prospérité devrait s'envoler puisque, selon les tenants du protectionnisme et de l'autarcie, cette prospérité vient de la protection contre la concurrence.

Evidemment, la réalité est toute autre. La prospérité vient de la spécialisation et de l'échange à travers le commerce, et limiter ceux-là à des frontières politiques tient de l'absurdité. Le commerce est l'antithèse complète de l'autarcie où les gens sont coupés les uns des autres et vivent, en toute indépendance, dans la misère la plus affligeante. La prospérité naît des échanges. Même les socialistes ont compris une partie de cette vérité essentielle - d'où leurs efforts pour toujours relancer la consommation, c'est-à-dire, le commerce!

Bien sûr, on peut rêver d'un pays qui serait si riche et si productif qu'il n'aurait réellement besoin de rien et se contenterait d'exporter (mais quoi? Et en échange de quoi?) On imagine aussi aisément que face à l'autarcie, des pays vastes aux ressources naturelles diverses et abondantes s'en sortiraient mieux que d'autres qui vivent sur des territoires pauvres.

C'est cette intuition qui permet de comprendre comment le concept d'autarcie mène à la guerre. Une guerre inévitable, et pour des raisons fort simples.

Si un pays est incapable d'atteindre l'autarcie parce qu'il lui manque certaines ressources essentielles, il faudra qu'il en fasse l'acquisition par le commerce ou la guerre. S'interdisant le commerce, il ne reste plus que l'approche armée. C'est ainsi que les pays de l'Axe se sont lancés dans des guerres de conquête au Moyen-Orient lors de la seconde guerre mondiale, pour s'approprier leur pétrole.
Même si un pays a atteint l'autarcie, il doit aussi faire la guerre: sa puissance se ramenant à une surface territoriale, la seule façon d'obtenir de la croissance c'est d'accroître son territoire, donc, là encore, de faire la guerre.

Frédéric Bastiat, une fois de plus, eut les mots exacts en déclarant que si les marchandises ne pouvaient traverser les frontières, ce serait les soldats qui s'en chargeraient.

L'autarcie est un piège intellectuel séduisant dans lequel il est facile de tomber, et des peuples entiers s'y sont laissés prendre. L'autarcie et le protectionnisme ne couvrent cependant pas que les relations entre les pays. Adapté au milieu sportif, il permet de comprendre pourquoi les athlètes du décathlon auront toujours des performances inférieures face aux spécialistes dans chacune de leurs disciplines. Adapté au milieu économique, il explique pourquoi les concentrations verticales d'entreprises ne sont pas viables: on ne peut tout simplement pas être compétent dans tous les domaines d'une production - de l'extraction des matières premières à la vente au consommateur final.

Heureusement, en politique plus personne de sérieux ne défend encore l'autarcie. Reste le protectionnisme, sa forme atténuée, qui se porte fort bien. Ceux qui en font la promotion peuvent être de beaux parleurs; derrière un populisme qui ne plaira qu'aux ignares complets en économie, ils ne font pas moins l'éloge de la pauvreté et de la guerre.

 

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