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 Quinze ans de déclin  le 01 Aug 2005
Il y a une image d'Epinal de la Suisse: un pays de montagne bien propret, des banques, des gens riches avec un mode de vie très simple, bon enfant presque. Cette image collait sans doute à la réalité, dans une certaine mesure. J'ai pu m'en rendre compte au travers de films vieillots tournés au pays, le plus célèbre étant sans doute Les Faiseurs de Suisses, tourné en 1978.

Les Faiseurs de Suisses raconte les pérégrinations de deux fonctionnaires chargés de vérifier l'intégration de candidats à la naturalisation. Ils rencontrent donc toute une variété de personnages hauts en couleurs - de l'ouvrier communiste italien à la danseuse aux moeurs dissolues - qui sont tous postulants pour l'obtention du passeport à croix blanche. Et malgré les craintes des candidats, tous finissent par l'obtenir... Sauf ceux qui renoncent en chemin.
Le propos de ce film n'est pas de dresser un portrait idéalisé du pays, mais il n'empêche qu'il en prend une photo sur la pellicule. Un pays soigné, rangé, sans tags ni crottes de chien, "propre en ordre" comme disent les gens du cru. La Suisse n'était pas parfaite pour autant: les querelles de voisinage y étaient mesquines, les esprits étriqués. Dans le film, une jeune femme se fait remarquer par le voisinage pour ne pas utiliser des sacs poubelles de la même couleur que ceux des autres locataires. Certains trouveront réconfortant que cette Suisse ait disparu; pour ma part, je crois qu'un endroit où la couleur des sacs poubelle est le problème le plus grave est un pays heureux.

Le pays alpin du passé n'est pas sans rappeler la France de l'époque de mon enfance, pas si lointaine, où mon père laissait sa voiture le soir sans la verrouiller à clef, dans un garage donnant sur la rue et laissé lui aussi ouvert. Un pays si paisible qu'on pouvait laisser les fenêtres ouvertes la nuit au rez-de-chaussée lors des chaleurs d'été. Rien qu'en l'écrivant j'ai peine à réaliser l'ampleur du chemin parcouru - dans le mauvais sens.

Quelle dégringolade!

La Suisse d'aujourd'hui est plus sale, plus pauvre, et de ce fait plus vindicative aussi. Le pouvoir d'achat ne cesse de se réduire; les déficits étatiques explosent; les salaires sont grignotés par des cotisations obligatoires d'assurance maladie qui grimpent annuellement sans qu'on en voie jamais la fin. La croissance stagne, et tous les partis clament la nécessité d'une réforme sans réformer grand-chose - le train de vie de l'Etat est toujours aussi dispendieux.
Oh, certes, tout ne va pas si mal, surtout si on passe la frontière en direction de la France ou de l'Allemagne.

Que s'est-il donc passé? Quand le vent a-t-il tourné?

Je n'habite malheureusement pas ici depuis assez longtemps pour avoir vécu le changement de l'intérieur, mais il me semble que le déclin de la Suisse remonte au début des années 1990. Ironiquement, c'est quand l'Europe se débarassait des communistes que le petit pays se lança à corps perdu dans le filet de la social-démocratie dans lequel il est toujours empêtré aujourd'hui.

Dans les années 90, une bulle immobilière se forma - une péripétie financière comme il s'en trouve souvent dans bien des secteurs. Face à l'éclatement de cette bulle, bien des gens se sont retrouvés sur le carreau. Ces spéculateurs se sont retournés vers l'Etat pour avoir un coup de main - lequel s'est empressé de le leur donner. C'était un prétexte inespéré pour que les politiques puissent s'immiscer dans le fonctionnement de l'économie et tenter leurs expériences d'apprenti sorciers, car c'est toujours à la faveur des crises que les gouvernements augmentent leur pouvoir.

Dans cette période, Ruth Dreyfuss, conseillère fédérale socialiste, réussit également à faire passer un système d'assurance sociale "solidaire". Là où mon épouse payait à l'époque 60 francs suisses par mois pour une franchise de soins de 100 francs, elle paye aujourd'hui quatre fois ce montant avec une franchise de 1'500 francs pour les remboursements. Tous les ans, comme pour le reste de la population, les primes d'assurance - naturellement aussi obligatoires que solidaires - montent entre 5 et 10%. On est loin, mais alors très loin de la simple inflation.
Bien sûr, les gouvernements se suivent et se ressemblent: on ne change pas un système qui ne fonctionne pas. Les primes d'assurance maladie n'en finissent pas de grignoter le pouvoir d'achat des ménages et ce semble-t-il sans limite. C'est à se demander si le peuple suisse réagira un jour. Il a voulu la solidarité obligatoire d'Etat, il l'a eu. Commencera-t-il à déceler l'arnaque derrière ce beau concept le jour où les gens payeront plus en assurance maladie qu'en loyer? Rien n'est moins sûr: la gauche ne propose rien de mieux que des impôts supplémentaires pour tenter de remplir le tonneau des Danaïdes, fidèle en sa ligne de conduite simpliste qui ne consiste qu'à "prendre l'argent là où il est", comme toujours. Et les sondages indiquent que bien des gens versent dans cette vision économique désespérément myope.

Les années 90 ont vu toute une gamme de "politiques de relance", qui ont fait exploser les dettes de tous les cantons qui se sont livrés sans vergogne à ces politiques keynésiennes. Elles n'ont pas été qu'un simple événement isolé; ces politiques de dépenses publiques ont continué jusqu'à une époque récente. De la recapitalisation de Swissair jusqu'aux dépenses somptuaires pour un fiasco aussi retentissant qu'Expo 02, il n'y a pas de contrôle sur les dettes que l'Etat contracte au nom des contribuables...
A titre d'exemple, entre 1990 et 2002, la dette brute du canton de Vaud a augmenté de 385%. De 1965 au début des années 1990, les intérêts passifs demeuraient sous les 10% (7,2 % en moyenne) de son budget. Dès le début des années 90, tout se dégrade et ils passent en 1995 au-dessus de la barre des 12% - limite déterminante pour mesurer le poids acceptable ou non d’une dette. Evidemment, en plus de traîner une charge financière de plus en plus colossale, l'Etat de Vaud n'a jamais cessé d'être en déficit. Le trou est profond et l'Etat creuse encore.

Le peuple refuse naturellement d'être étranglé sous davantage d'impôts, une facilité que la démocratie directe ne permet guère. Quant à dégraisser l'administration, c'est aussi impensable qu'ailleurs. Il y a des emplois intouchables, pour improductifs qu'ils soient. Le train de la croissance s'est donc empêtré: impossible de récolter davantage de charbon, d'accélérer son allure ni de larguer quelques wagons.

Entre les réglementations tâtillonnes qui ne sont en fait que du protectionnisme déguisé, une classe politique incapable de contrôler les dépenses de l'Etat, des syndicats qui promettent "davantage de lutte", les partis qui prônent la relance par la dépense (ou l'inverse) et une tentation de repli identitaire, c'est presque un miracle que la situation ne soit pas encore pire. La seule lumière dans ce gâchis est une polarisation politique de plus en plus marquée, qui permet de révéler aux électeurs naïfs - il y en a beaucoup - le socialisme patent des mouvements politiques du centre.

La population, de plus en plus vulnérable et déboussolée, n'en finit pas d'éviter de penser à de sombres lendemains et à avoir une vie de plus en plus basée sur le court terme, d'où des comportements violents, asociaux et désespérés. La Suisse est un pays dans lequel, à 15 ans, un jeune sur cinq se saoule une fois par semaine...

Si des lecteurs veulent me faire part d'une analyse différente tant sur la date que sur les raisons, qu'ils n'hésitent pas à me livrer leurs réflexions.

La Confédération Helvétique est en déclin, et jour de fête nationale est l'occasion de parler de cette vielle dame de 714 ans. Attendons le premier août 2006 pour voir si son état s'améliore.

 

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   "Mieux vaut étendre le jeu que restreindre les joueurs." -- Eric Wujcik