Le Meilleur Des Mondes

 


 
Navigation

Accueil

Nouvelles du Site

Politique

 

Blog

Wargames

Recherche

 
PostsFil RSS 2.0

Page de garde

Archive 2010

 

Avril

 

Février

Archive 2009

 
Compte Utilisateur

Vous n'êtes pas connecté.
  Connexion
  S'inscrire
  Compte oublié?

 
Langue

  français seulement

 

 

    

 Pétrole contre Nourriture  le 21 Sep 2005
Il y a deux semaines, j'évoquais le scandale Pétrole Contre Nourriture à l'occasion du reportage biaisé et partiel qu'en faisait France-info. Depuis, un article du Wall Street Journal en donne un si bon résumé que je me permets d'en traduire l'essentiel ici. Ce qui est remarquable, c'est que si un scandale de cette ampleur avait eu lieu dans le secteur privé, les responsables - dont le premier d'entre eux, Kofi Annan - auraient été contraints et forcés de démissionner et croupiraient probablement déjà en prison. Mais rien de tel pour l'ONU, dont le secrétaire général continue à assurer la "réforme" en dépit des casseroles qu'il traîne derrière lui.
Les publics français et suisses, dressés par ses médias à croire en l'ONU comme dans le Messie incarnant le "nouvel ordre mondial", sont délibérément tenus à l'écart du déroulement du scandale car il ternit et entache la noble vision laborieusement inculquée aux masses. J'espère que ce petit résumé permettra de lever un peu le voile sur les tenants et aboutissants de l'organisation supra-nationale. Venons-en au texte...

L'affaire Pétrole contre Nourriture ne se rapporte pas à des incidents isolés, des infractions réelles ou imaginaires survenant au cours des sept dans d'efforts pour maintenir des sanctions sur l'Irak, gérer ses exportations de pétrole et nourrir sa population. L'affaire Pétrole contre Nourriture est emblématique des Nations Unies. Et notre conclusion de la lecture des 847 pages du rapport est que les Nations Unies sont le scandale Pétrole contre Nourriture.

Commençons par écarter les éléments sur lesquels le scandale ne porte pas, ou en tous cas pas fondamentalement. L'affaire ne concerne pas directement les méthodes commerciales douteuses de la société d'inspection suisse Cotecna, qui obtint d'une façon inconvenante un contrat pour la supervision de l'accord Pétrole contre Nourriture portant sur des millions de dollars alors qu'elle employait bien opportunément Kojo Annan, le fils du Secrétaire Général - bien que ce détail en dise long sur le népotisme typique qui imprègne les attributions de contrats par l'ONU. Le scandale ne porte pas non plus sur l'honnêteté personnelle de Kofi Annan, bien qu'elle ait été mise en question par les preuves selon lesquelles il était au courant et tenta d'influencer la candidature de Cotecna.(...)

Question intéressante: pourquoi M. Annan choisit-il de ne voir aucun mal dans la violation des sanctions par l'Irak et décida encore moins de les dénoncer du haut de sa chaire? Il n'hésita pourtant pas à s'exprimer par ailleurs pour décréter que la guerre contre l'Irak était "illégale". Selon nous, le Secrétariat général de l'ONU estimait dans son ensemble que le régime des sanctions était immoral et que Saddam était en droit de le violer.

Quelles que soient ses motivations, le Secrétariat disposait de plus d'un partenaire serviable dans le comité 661, pour des raisons facilement compréhensibles. L'Irak contractait régulièrement des engagements auprès de ceux des membres du Conseil de Sécurité qui avaient des affinités avec les intérêts du régime. Les compagnies russes, par exemple, obtinrent pour 19 milliards de dollars dans des transactions pétrolières avec l'Irak. Des sociétés française vendirent à Saddam pour 3 milliards de dollars d'aide humanitaire (dont la plupart, note le rapport, fut détourné au bénéfice des forces armées irakiennes.)

Ce n'est pas une coïncidence que la France et la Russie, autant que la Chine (qui faisait de son côté d'autres affaires florissantes avec Saddam) aient autant minimisé les allégations de corruption et combattu pour que le régime des sanctions soit allégé. Seuls les Etats-Unis et la Grande-Bretagne firent des efforts pour surveiller des fraudes portant sur le programme Pétrole contre Nourriture, bien que cette surveillance soit peu fructueuse avant que l'Administration Bush ne prenne ses quartiers. Nous pouvons aussi noter que les Etats-Unis furent eux-même coupables d'avoir regardé ailleurs lorsque l'Irak fit passer du pétrole de contrebande à travers ses alliés, Jordanie et Turquie.

C'est ainsi qu'émergea la plus vaste fraude de l'histoire. Les articles de presse rapportent souvent la taille globale du contrat Pétrole contre Nourriture à 60 milliards de dollars, mais le rapport Volckner démontre sans ambiguité que les chiffres réels dépassent les 100 milliards de dollars. De cette somme, Saddam détourna 10.2 milliards de dollars pour des transactions illicites. Mais le point crucial est qu'il a surtout été capable de diriger dix fois cette somme vers une clientèle préférentielle au service de ses objectifs politiques.

Rien de tout cela n'est arrivé par accident. Le rapport Volckner regorge d'exemples illustrant l'incompétence de la surveillance de l'ONU et d'anecdotes sur les querelles entre membres du Conseil de Sécurité. Mais le principe essentiel qui sous-tend le scandale, c'est que ce sont les puissances occidentales, et non Saddam Hussein, qui souhaitaient le programme Pétrole contre Nourriture. Ces pays le voulaient à pratiquement n'importe quel prix, parce que le programme donnait l'apparence d'une politique sérieuse là où il n'y en avait aucune - un changement de régime étant exclu. C'est par convenance politique que les Etats-Unis et le Royaume-Uni en sont arrivés à tolérer cet accord chimérique, et le reste du Conseil de Sécurité à festoyer sur ce dernier en profitant des innombrables opportunités de corruption que permettaient le programme par sa nature même.

Galerie des miroirs où toutes les manigances étaient permises, les Nations-Unis prouvèrent leur utilité même aux yeux de Saddam Hussein. Pourtant, aujourd'hui encore on nous raconte que Pétrole contre Nourriture permis "au moins" de nourrir le peuple irakien à deux doigts de la famine, et qu'à ce titre c'est un succès à porter au crédit de l'ONU. Mensonge. Pétrole contre Nourriture a au contraire offert une bouée de sauvetage financière et politique à un régime qui affamait sa propre population. Le programme était moins de la corruption au sein de l'ONU que l'exploitation de la nature même de l'organisation. Désormais, Monsieur Annan veut utiliser ce rapport pour soutenir ses propositions de "réforme". Il n'y a guère qu'à l'ONU qu'il est possible d'oser essayer de s'en sortir si facilement.

 

Contenu sous copyright(©) [Lire] [Plan du site] [Accueil]
. : : s t e p h a n e . i n f o : : .
   "Mieux vaut étendre le jeu que restreindre les joueurs." -- Eric Wujcik