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 Olivier le magnifique  le 16 Jan 2006
Jeudi dernier, la chaîne de télévision France2 a dressé dans son magazine Envoyé Spécial hebdomadaire un portrait du porte-parole charismatique de la Ligue Communiste Révolutionnaire, Olivier Besancenot.

"Pendant 2 mois, une équipe d’Envoyé spécial a suivi Olivier Besancenot, l’une des personnalités de l’extrême gauche. Une immersion dans la vie militante, professionnelle et personnelle du jeune porte-parole de la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire).
Qui est-il? Quel est son parcours? Comment est-il devenu le candidat de la LCR à la présidentielle 2002? Quelles sont ses ambitions? Portrait de celui qui, à 31 ans, est devenu la révélation politique de ces dernières années."

On peut se demander si un reportage sur, disons, Marine Le Pen aurait eu une accroche aussi positive. Le reportage - qu'on peut d'ailleurs consulter sur le site de France2 - pêchait malheureusement par un manque total d'ambition. Esquivant totalement le programme de son parti (révolution et guerre civile), pourtant au coeur de la démarche du porte-parole, les journalistes ne se concentrèrent que sur un portrait de bon aloi du jeune homme sympathique.

Leur unique reproche tint en ce qu'Olivier Besancenot n'était qu'un pur produit de marketing politique - mais en France quel politicien ne rêve pas d'en être un? Etre à la mode, quelle aubaine! Malheureusement pour lui, selon l'équipe d'Envoyé Spécial, les grands manitous de la LCR sont déjà à la recherche d'une icône alternative pour remplacer le dauphin actuellement sous les projecteurs:

"Le nouveau porte-parole devra être une femme, jeune et employée."

Dixit les têtes pensantes de la LCR, qui, bien qu'haïssant le capitalisme, se montrent très au courant des pratiques qui l'accompagnent: l'union entre extrémisme et publicité est féconde.

Sur le porte-parole en exercice, donc, le reportage se limita à un portrait excessivement poli... Né en 1974 à Levallois-Perret, Olivier Besancenot a été immergé dans la politique dès l'âge de 14 ans, lorsque son professeur d'Allemand, militant à la Ligue Communiste Révolutionnaire, l'a "pris sous son aile" (!) après avoir "repéré son potentiel". Quels parents ne se réjouiraient pas que le professeur de leur enfant adolescent prenne ce dernier en main pour en faire sa chose politique? Qui s'offusquerait d'un scandaleux prosélytisme politique, répandu par un mouvement révolutionnaire extrémiste au sein de l'Education Nationale? Pas Alix Bouilhaguet et Abdel Zouioueche, les journalistes d'Envoyé Spécial, en tous cas. Là encore, imaginons que le professeur d'Allemand de cette légende ait eu un extrémisme différent et un bras droit un peu raide, et le reportage aurait sans doute été moins complaisant...

Olivier rejoint les Jeunesses communistes révolutionnaires et contribue aux mouvements lycéens de l'année 1990 et aux manifestations contre la première guerre du Golfe, celle pour la libération du Koweït. Une fois élevé au rang de militant, le lycée n'est guère plus qu'une tribune, de même que la faculté qui suit. Olivier Besancenot, judicieusement inscrit dans de prestigieuses études d'histoire (12 heures de cours par semaine), passe son large temps libre dans la cafétéria avec ses amis politiques, distribue des tracts, s'empare des auditoriums pour des happenings politiques et fomente des grèves étudiantes. Il avoue tout de même avec une certaine nostalgie de cette époque qu'il a raté l'objectif de la faculté "qui est quand même de transmettre des connaissances". Aveu piquant de la part de quelqu'un qui a passé tout son temps là-bas à faire en sorte que les autres ne puissent pas le faire non plus!

Mais simultanément, le tribun en herbe travaille dans une grande surface pour se faire de l'argent de poche. Son supérieur hiérarchique s'en souvient très bien: il travaillait sérieusement, était là à l'heure, et avait de bonnes relations avec lui. Ce n'est, note ce directeur, que vers la fin de son contrat que l'atmosphère change: "il voulait énormément tendre les relations entre les employés et la direction, fonder un syndicat, se lancer dans la lutte..." mais la sauce ne prend pas: le prolétariat de la superette de banlieue ne prend pas conscience de son rôle de guide de l'humanité nouvelle et Besancenot repart vers de nouveaux horizons.

Il reste tout de même à assurer son avenir professionnel. L'âge venant, avec seulement une licence d'histoire en poche, il ne reste qu'une option, le Graal de tous les étudiants à la dérive qui ne savent pas trop quoi faire de leur vie: les concours de fonctionnaire! Olivier s'inscrit donc et décroche une entrée dans la catégorie C (la plus modeste) et, muni d'une place à La Poste, commence donc son aventure de postier - avec une sécurité de l'emploi qui lui assurera des rentrées régulières d'argent en complément de ses aventures politiques. Il distribuera le courrier à Neuilly, un des plus riches quartiers de Paris...

Depuis, Olivier Besancenot joue dans la cour des grands: usant de son visage rubicond, il devient la terreur des plateaux télévisés, tant à cause de son sens de la répartie que de la peur qu'a l'homme politique français moyen - largement dans la cinquantaine - de déplaire à un auditoire "jeune". Hélas pour le vieux mentor Alain Krivine, le principal attrait du prodige disparaîtra avec les années. Le risque de dispersion existe; ainsi, les ténors de la révolution s'indignent de la participation du jeune homme aux "Grosses Têtes", bien que Besancenot rappelle qu'il s'agit d'une "émission populaire"... Quand le peuple n'est pas à la hauteur, faut-il aller le chercher si bas?

Le portrait brossé par l'équipe d'Envoyé Spécial fut décevant et frustrant, comme si les journalistes s'étaient toujours soigneusement gardés d'aller au-delà d'une certaine complaisance. Ainsi, la vie privée d'Olivier Besancenot est mise à l'écart; on ne connaît pas de détails de son enfance, de sa famille, de ses amis; et bien sur, le programme de la Ligue Communiste Révolutionnaire est soigneusement laissé de côté, ainsi que les ouvrages du sujet (celui-ci par exemple). Bref, tout ce qui pourrait nuire à son image. L'examen ne portant que sur ce que la vitrine du mouvement souhaite montrer, cela en fait un exercice de séduction à la limite de la propagande.

Là encore, selon que l'extrémisme soit d'un bord ou d'un autre, il semble qu'il sera toujours perçu par France2, chaîne de "service public", avec un regard respectivement acéré ou bienveillant.

 

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   "Mieux vaut étendre le jeu que restreindre les joueurs." -- Eric Wujcik