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 La Médecine à deux vitesses  le 09 May 2006
Quel slogan magnifique: non à la médecine à deux vitesses! Quel manifestant ne scande pas ces mots, le poing brandi, dans le moindre cortège ayant trait de près ou de loin à la médecine ou aux soins? Pourtant, à vouloir l'éviter, autant faire preuve d'intelligence pour ne pas provoquer exactement ce que l'on voulait s'épargner...

La médecine à deux vitesses sous-entend que selon que vous soyez riche ou pauvre, vous serez bien ou mal soigné. Allez, forçons un peu le trait: selon que vous soyez sale bourgeois capitaliste acquis à la mondialisation néo-ultra-libérale, ou selon que vous soyez pauvre salarié exploité et misérable à la merci du patronat. D'un côté les soins pour l'élite, de l'autre des soins de mauvaise qualité - ou pas de soins du tout - pour la masse anonyme des travailleurs.

Qui voudrait d'une médecine de ce genre?

En Suisse, selon un sondage effectué par l'institut Demoscope, plus d'une personne sur deux considère qu'il existe déjà une médecine à deux vitesses - pour s'en inquiéter. La perception est uniquement négative, comme en témoigne le taux de réponse à une autre question de l'étude: "plus de la moitié des 1.000 personnes interrogées pensent aussi que dans dix ans, seuls les riches seront encore bien soignés sur le plan médical."

L'inquiétude est légitime, mais il faut comprendre le fonctionnement du processus avant de croire à une sorte de fatalité.

Tout système basé sur une centralisation des moyens, comme une organisation de santé d'Etat, coupe la relation entre le service et la dépense. C'est le principe du forfait. En conséquence, c'est dans l'intérêt de chacun de consommer autant que possible, du moins tant que le système tient encore debout; car il finit immanquablement par s'effondrer. Un restaurant qui ne propose que des menus à volonté s'expose à attirer seulement les plus gros mangeurs; et si chacun est obligé de s'y rendre, comme pour un système de santé obligatoire, alors tous feront diète avant leur passage là-bas pour "mieux en profiter". Les perdants seront tous ceux qui consommeront moins que la moyenne, puisque cela impliquera qu'ils seront dans une situation où ils payent pour les autres.

La comparaison s'arrête là parce que la consommation alimentaire est naturellement limitée par le volume de l'estomac des clients, alors que la consommation de soins n'a aucune limite.

A ce petit jeu, seuls s'en sortent à long terme ceux qui sont riches - non pas parce qu'ils sont plus malins, mais parce qu'ils peuvent survivre dans des circonstances où un système de santé sociale en faillite à cause des dettes cumulées rendra l'accès aux soins hors de prix pour la plupart des gens. Qu'on se rassure, les élus et les membres de l'Etat s'en sortiront également sans encombres, et sans provoquer la moindre manifestation de jalousie. On arrive effectivement à la médecine à deux vitesses, c'est à dire à ceux qui y ont accès tout court, et aux autres.

Sur ce chemin pavé de bonnes intentions qui mène à la catastrophe finale, la Suisse et la France ne sont pas au même niveau. La France s'est engagée le long de ce chemin au sortir de la seconde guerre mondiale et n'a pas finit de se débattre dans une situation de faillite inévitable, toujours une autre des conséquences de son fameux "modèle français" que personne n'a la bêtise de copier - sauf la Suisse. En effet, la Confédération Helvétique s'interroge sur la création d'une caisse unique qui sera une étape conséquente le long de cette route, avec des médias et une classe politique faisant preuve d'une étonnante myopie sélective pour ne pas tirer d'enseignements du mauvais exemple français.

Pourtant, avoir une médecine abordable pour tout le monde ne serait pas si compliqué. Aujourd'hui, les Suisses payent des centaines de francs par mois - soit l'équivalent de plusieurs consultations mensuelles chez le médecin y compris le prix des médicaments afférents - tout en supportant des franchises de mille francs ou plus. "Oui mais en cas de coup dur, entend-t-on, je serai couvert". Mais qu'est-ce qu'un coup dur? Un traitement pour un bras cassé revient autour de mille francs; une opération de chirurgie à quelques milliers de francs. Si les Suisses avaient le droit de mettre leurs cotisations pour l'assurance maladie sur un compte en banque plutôt que dans le Tonneau des Danaïdes, ils auraient en moins de six mois des fonds suffisant pour régler la plupart des catastrophes de santé qui peuvent les frapper sans plus avoir besoin de payer davantage. Avec des intérêts, en cotisant à leur rythme, ils pourraient se constituer un pécule conséquent au terme de leur vie pour faire face aux dépenses du grand âge. Les enfants pourraient être couverts par leurs parents. Et enfin, chacun pourrait, selon son mode de vie, son âge et son comportement, contracter ou non, librement, une assurance complémentaire qui mutualiserait les risques les plus grands, les plus chers, mais aussi les plus rares.

Ce qu'on appelle une santé à deux, trois, dix vitesses, la vraie, n'est finalement qu'une santé à la carte. Des millions d'individus choisissent leur consommation comme ils l'entendent et selon leurs moyens dans d'innombrables domaines de l'existence, mais pour une raison étrange ils réclament l'irresponsabilité collective d'un système soviétique dès que l'on parle de soins. Le matraquage idéologique a réussi au-delà de toutes les espérances.

Finalement, le principal problème est peut-être lié à la psychologie et aux responsabilités. La mise en place de la sécurité sociale suisse, la LAMAL, est un projet socialiste qui remonte à dix ans, et qui marque d'une pierre blanche l'explosion des dépenses de santé. Le cadre a été mis en place et il a commencé à faire effet, avec une augmentation annuelle délirante des coûts, dont les frais de fonctionnement des caisses - la fameuse concurrence tant décriée par les socialistes comme cause de tous les maux - ne contribuent qu'à hauteur de moins de 5%. Aujourd'hui, l'heure est à la réforme: stop ou encore. Naturellement, la gauche en veut encore, encore plus, encore plus fort: si l'étatisme, la pseudo concurrence et les obligations légales de s'assurer ont fait exploser les coûts, ajoutons encore plus d'Etat et retranchons encore davantage de concurrence! Si ça ne marche pas c'est parce qu'on est pas allé assez loin! (Personne n'ose avancer que l'on est peut-être, au contraire, déjà allé trop loin...)

La question de la caisse unique sera finalement posée au peuple, qui, espérant éviter la santé à deux vitesse, aura l'occasion de voter pour une réforme qui sera en fait le plus sûr moyen de l'instaurer. Pour trouver des solutions, les électeurs continueront-il à faire aveuglément confiance à ces socialistes qui ont mis en place le système qui les ruine?
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