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 Pendu pour l'exemple  le 30 Dec 2006
Saddam Hussein, le dictateur déchu, a été pendu ce matin. Mais malgré les rivières de sang qu'il a sur les mains, de nombreux "humanistes" sont monté au créneau pour défendre sa vie.

Par un hasard du calendrier impliquant une fête religieuse, l'ex-tyran a fini au bout d'une corde avant d'être condamné pour tous ses crimes. Saddam a en effet fait partie de ce petit nombre d'individus qui ont le privilège de mériter plusieurs fois une condamnation à mort. Le dictateur s'est construit au fil de sa carrière un curriculum vitae des plus impressionnants:

  • Au début des années 1980, il ordonne la mort de 148 villageois chiites -procès pour lequel il vient d'être jugé.

  • En 1983, il décide l'exécution des 8'000 membres de la tribu Barzani, un clan kurde.

  • Le 17 mars 1988 a lieu Massacre d'Halabja: quelque 5'000 personnes périrent par gaz de combat. Les images de cette tuerie, où l'on voit des cadavres de femmes tenant dans leur bras leur bébé mort dans les rues gazées de leur village, furent abondamment diffusées. L'attaque fit aussi 10'000 blessés.

  • En 1987-1988, il organise la Campagne d'Anfale, durant laquelle environ 182'000 personnes décèderont dans des déplacements massifs de populations kurdes du nord au sud de l'Irak, des exécutions sommaires ou des tueries dans des villages kurdes.

  • En 1991, il massacre des Chiites suite au soulèvement de ces derniers après la défaite de l'armée irakienne chassée du Koweït par une coalition internationale. La rébellion sera écrasée dans le sang, provoquant un nombre inconnu de victimes, mais qu'on estime à plusieurs milliers.

    Bien sûr, cette liste ne saurait être exhaustive et ne couvre que les crimes intérieurs de Saddam. Il a aussi déclenché la guerre contre l'Iran, qui a fait près d'un million de morts de part et d'autre selon les estimations occidentales; l'occupation du Koweit, envahi en 1990 et tenu par l'armée irakienne pendant sept mois, ne se fit pas non plus sans son lot de crimes et d'exécutions sommaires. On pourrait aussi citer les purges internes au parti Baas dont se chargea le jeune Saddam lorsqu'il accéda au pouvoir, même si ses victimes n'étaient pas des enfants de choeur.

    Autant l'admettre, peu de gens sur cette terre ont davantage mérité la mort que Saddam Hussein.

    Tout le monde le sait. La culpabilité du prévenu ne fait aucun doute. Comme l'expliqua Mohammed Ihsan, ministre au gouvernement régional kurde et ancien avocat qui travailla pendant ses années d'exil en Occident sur les crimes de Saddam, des tonnes d'archives furent saisies après la chute du régime:

    "Saddam Hussein était très fier de ses crimes et il pensait que son régime durerait éternellement: beaucoup de ses ordres étaient transcrits noir sur blanc et ses subordonnés lui envoyaient directement des cassettes montrant les tortures et les exécutions afin de bien montrer que les consignes avaient été appliquées à la lettre. Tout cela offre un matériel immense aux enquêteurs avec des détails très précis et des noms."

    Alors, pourquoi cette levée de bouclier occidentale contre sa pendaison? Le respect de la vie par nos élites est-il plus fort que tous les crimes qu'on lui reproche?

    A l'annonce du verdict en novembre, Pierre Rousselin, du Figaro, jugea bon d'expliquer: "Pour que la juste condamnation d'un tyran ne soit pas ressentie comme une humiliation par les sunnites irakiens et dans l'ensemble du monde arabe, il vaudrait mieux surseoir à l'exécution par pendaison de Saddam Hussein, et commuer sa peine en prison à perpétuité."

    Philippe Dumartheray montra dans le quotidien 24 Heures à quel point il avait tout compris, théorie du complot incluse: "[La mort de Saddam Hussein] permettra de clore bien des dossiers encombrants. (...) Cette condamnation à mort laisse un goût amer dans la bouche. Comment peut-on applaudir ce verdict qui foule au pied quelques-unes des valeurs de nos démocraties européennes? A commencer par l'indépendance de la justice et le refus de la peine de mort. Mais on l'a bien compris, la condamnation à mort de Saddam arrange beaucoup de monde. Et pas qu'en Irak."

    "Une condamnation à mort est tout sauf acceptable. Y compris dans le cas d'un dictateur sanguinaire comme Saddam Hussein", martela quant à lui Richard Werly, du journal suisse Le Temps.

    Changeons de catégorie et citons Voltaire: "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire", aurait-il dit. Sommes-nous ici en présence d'un combat aussi noble? Des gens qui reprendraient à leur compte une variante de cette célèbre phrase, comme "Vous êtes un meurtrier mais je me battrai pour que vous ayez la vie sauve"?

    Vraisemblablement pas. Comme le montrent les extraits d'éditoriaux mentionnés ci-dessus (qui remontent non à l'exécution de Saddam mais à l'énoncé du verdict de son procès) les rédactions ont toujours hésité entre différentes perceptions autour de la condamnation de Saddam Hussein, allant de la sournoise théorie du complot à une "défense des valeurs occidentales" bien commode pour justifier l'injustifiable, tout en l'habillant de quelques oripeaux humanistes. Ces gens défendraient-ils d'une telle façon Hitler dans un procès de Nuremberg? Nous n'en saurons évidemment jamais rien. Mais que n'ont-ils pas défendu toutes les victimes de Saddam, crime après crime, année après année! Ces condamnés-là, sans procès, n'ont pas eu droit à ces vaillants avocats pour les défendre. Ni même à autre chose que le silence.

    Que ce soit pour ne pas donner raison à Bush - voilà un vrai crime contre l'humanité! - ou au prétexte de ne pas "attiser" le conflit communautaire entre Kurdes, Chiites et Sunnites - et on se demande par quel raisonnement - il était important, crucial même, que Saddam vive.

    Il est mort pourtant, non pas pour obéir à tel programme secret ou tel objectif politique, mais pour une raison qui dépasse complètement l'entendement de nos sages éditorialistes et politiciens: Saddam Hussein a été pendu parce qu'il le mérite.

    Il n'y a aucun sens à vouloir bâtir un "Irak Libre", un pays neuf, si des vieux démons aussi abjects continuent à hanter la mémoire collective de la population. Comment faire espérer un peuple qui a tant souffert dans un pays constellé de tant de charniers, comment lui faire croire à un avenir de justice et de responsabilité si un meutrier mégalomane de l'envergure de Saddam Hussein peut tranquillement se contenter de passer sa vie derrière des barreaux à écrire ses mémoires et invectiver ceux qui l'ont renversé? Quelle insulte pour ses victimes!

    Même les derniers partisans de Saddam ne se sont pas trompé sur la charge symbolique de cette exécution. Depuis leur site web - installé au Yémen - les membres du parti Baas ont annoncé: "Le Baas et la résistance sont déterminés à venger leur président, par tous les moyens et partout, à nuire à l'Amérique et à ses intérêts." Oui, ils commettront leur baroud d'honneur de terroriste, et disparaîtront.

    Pour ces millions de familles irakiennes à qui il manque une femme, un époux, un enfant, la page ne se tourne que depuis que le cadavre du dictateur se balance au bout d'une corde. La vidéo a instantanément fait le tour du monde. Malgré les bourreaux masqués car craignant pour leur vie, la leçon est cinglante et porteuse d'un tout autre sens hors d'Irak, car c'est aussi un signe pour tous ceux qui, ici, souhaitaient la victoire de Saddam pour atteindre, salir et abaisser les Etats-Unis.
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