Les biocarburants
sont-ils un non-sens écologique? le 05 May 2007 Interviewé dimanche dans
le Tages-Anzeiger, Peter Brabeck, patron de Nestlé, répond par
l'affirmative à cette question - loin du consensus mondial qui semble
mettre ce genre de carburant en avant pour le futur du parc
automobile.
Son raisonnement repose sur un simple calcul autour
d'un paramètre couramment négligé dans la production de biocarburant: la
consommation d'eau. En effet, selon M. Brabeck, "l'eau disparaît plus
vite que le pétrole et la pénurie est bien plus menaçante. L'eau est un
droit humain, mais seulement jusqu'à concurrence de 25 litres par
personne et par jour. Celui qui veut plus doit payer. Remplir sa piscine
n'est pas un droit humain." Remplir sa piscine? Mauvais exemple.
D'une part, une piscine ne se remplit guère fréquemment, et d'autre
part, elle compte bien peu dans le bilan total. La consommation d'eau
n'est pas aussi visible. L'essentiel passe par l'irrigation des
cultures. Aux 50 litres d'eau que les Européens consomment en moyenne
chaque jour pour boire, faire la lessive et se laver, s'ajoutent 8'000
litres indirectement utilisés: chaque calorie végétale nécessite un litre
d'eau pour sa production et chaque calorie animale dix fois
plus. Peut-on réellement imaginer que les hommes cesseront de manger, ou
au pire deviendront simplement végétariens, simplement pour économiser
l'eau? On peut en douter. Mais il est clair que la consommation de
liquide est largement ignorée dans l'équation des biocarburants, encensés
par effet de mode et parés de toutes les vertus. Il est étrange de voir
se rejoindre sur la question de l'eau les vues du président de la plus
grande multinationale agro-alimentaire, et des militants altermondialistes
les plus acharnés! Mais l'économie est toujours alliée à l'écologie
lorsqu'il s'agit de rationnaliser l'emploi de ressources rares, comme
l'eau est malheureusement appelée à le devenir. Car si Peter Brabeck
intervient dans le débat sur le précieux liquide, ce n'est pas pour
placer la carte des eaux minérales du groupe - qui ne jouent aucun rôle
dans l'irrigation et ne sont qu'une paille vis-à-vis des milliards de
litres que consomme quotidiennement l'humanité - mais bien pour
s'indigner contre les subventions à la production dont bénéficient les
paysans, en particulier lorsqu'ils choisissent, comme au Brésil, de se
lancer dans la culture de plantes destinées à l'usage automobile. En
effet, subventionner l'agriculture revient exactement à subventionner la
consommation d'eau. |